
Pour Corbières matin, dix écrivains
de roman policier se lancent un défi : inventer une histoire, de
chapitre en chapitre, selon le principe du " cadavre exquis "
inventé par les Surréalistes
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par Patricia Tarpon
Longtemps je me suis refusée à minstaller devant
un clavier. Il pouvait se lever de bonne heure celui qui aurait voulu me
convertir aux joies de linformatique ! Jen avais tellement vus
qui sarrachaient les cheveux dune main, pianotant de lautre,
à la recherche de dossiers perdus au fond des écrans, que
je métais promis de ne jamais me faire domestiquer par ces
machines. Je continuais à remplir mes petits calepins, à prendre
des notes sur mon dictaphone, à taper mes rapports sur la Japy hors
dâge du service, avec les doubles en papier pelure et les carbones
intercalés... Je nignorais pas pour autant les mérites
des systèmes de données, javais simplement peur dy
être engloutie, et quand le boulot pressait, quil fallait faire
avec, je rusais en envoyant lun de mes adjoints interroger les disques
durs.
Jai effectué le grand saut dans le virtuel il y a six mois,
dun coup, sans élastique. ça a commencé comme
ça, à cause dune jambe cassée sur les pentes
de Montmartre, un matin de verglas. Huit jours de clinique, pour réduire
la fracture, puis un mois de totale immobilité afin de remettre en
place le fragile puzzle du genou droit dont javais, en prime, dispersé
les pièces. Brochard, le toubib du service, qui me suit depuis dix
ans, mavait fourni ladresse dune de ses amies dont la
fille, étudiante en médecine, cherchait des vacations de garde-malade.
Je connaissais bien cette amie de Brochard car nous avions travaillé
pendant quelques mois ensemble, à Mortier, sur une affaire despionnage
industriel. Jétais bien tombée : Élodie était
une petite brune, boulotte et drôle, qui se destinait à la
profession de médecin légiste. Elle jonglait avec ses heures
damphi pour venir me faire les courses, la cuisine et un peu de ménage.
Quant elle disposait dun peu de temps, elle prenait place au pied
de mon lit, pour commenter à sa façon les événements
du jour. Les premières pages du journal, dévolues à
la politique intérieure, aux affaires économiques ou internationales,
ne lintéressaient que très modérément,
et elle leur préférait les faits-divers ou les chroniques
vaguement mondaines.
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