J’apprenais par elle les péripéties du divorce de la princesse-chanteuse de Monaco d’avec son poissonnier-garde du corps, la teneur des différends qui minaient l’empire liquide laissé par le commandant Cousteau à ses héritiers requins, la manière dont Lady Di avait déjoué le sombre complot ourdi par la reine mère et Margaret Thatcher pour lui enlever la garde des fils du prince Charles ! C’est elle encore qui m’avait révélé comment un imprésario génial s’y était pris pour lancer la carrière d’un obscur illusionniste qui répondait au nom dickensien de Oliver Twist. Il avait investi 20 000 dollars sur la présence, au cours de la soirée de lancement du spectacle de son protégé, du top model Claudia Parker. Le contrat stipulait que le mannequin serait choisi comme " cobaye ", par le plus grand des hasards, que le prestidigitateur la couperait en deux lors du numéro de " La Roue Infernale " qui constituait le clou de son show, puis que les rumeurs d’une idylle pourraient courir les gazettes dès qu’il aurait recollé les deux moitiés de sa médiatique promise.
Dans la torpeur caoutchouteuse et inquiète que procurent les calmants, mes rêves étaient peuplés d’oubliettes, de princes retors, de reines édentées, d’aquariums géants peuplés de squales et de maquereaux, de Calypso hantées, de massacres de poupées Barbie à la tronçonneuse. Je passais mes nuits au musée Grévin.
C’est au tout début de la deuxième semaine de garde qu’Élodie est venue à la maison avec son ordinateur portable, un modèle dernier cri équipé d’un modem et d’un lecteur de cd-rom.

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