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La librairie est ouverte

L’Eau, de Guislain de Marsily aux éditions Flammarion, dans la collection " Domino ", c’est le premier livre vendu à la librairie qui a ouvert ses portes hier à 14 heures. Une petite fille l’a acheté pour l’offrir à sa maman. La même s’est offert L’Oiseau philosophie, avec des dessins de Duhème sur des textes de Deleuze, dans une collection pour enfants du Seuil. Le troisième livre vendu est publié au Cerf, Les Gnostiques par Évariste Le Pontique. Un peu plus tard, il y eut aussi Le Che par Pierre Kalfon, au Seuil. Ensuite, avec l’affluence, le fil se perd un peu.
De cet échantillon, on ne saurait rien conclure ni augurer. On sait simplement que la petite fille s’appelle Lola, qu’elle va suivre l’atelier de philosophie pour enfants, car elle l’a dit à la libraire. On devine aussi qu’elle a envie de faire plaisir à sa maman, bien que la petite fille n’ait rien précisé sur le sujet.

> Ph.R.

 

 

 

 

Les rencontres de l’abbaye : toreros !
À l’heure où nous mettons sous presse, il est impossible de dire si la corrida ressortit du crime ou de la vertu. La rencontre de l’abbaye hier soir n’a pas permis de trancher. Pour être juste, il faut dire que la lecture qui l’avait précédée avait donné une réponse. Une bulle papale de 1575 nous a appris, par la voix de Marc Betton, qu’effectivement la corrida dépendait, avec les jeux voisins, du genre crime, mais qu’à la demande expresse et respectueuse du roi d’Espagne la corrida elle-même faisait exception et qu’en s’exposant aux toros, on risquait seulement la mort, sans excommunication ni anathème. La corrida est donc un crime autorisé. On objectera que c’est par le pape, mais qui d’autre en la matière peut autoriser ?
En historien, Bartolomé Bennassar, indiqua la même direction. Si les toreros ont inventé des règles à la corrida, c’est que nul n’est à l’abri de la cruauté barbare, affirma-t-il. Car la tradition du toro est en Espagne une tradition de la cruauté, la corrida est la mise en forme civilisée d’un jeu qui ne l’était pas.

Comment s’arrange-t-on avec le crime ? Jusqu’à Juan Belmonte, on s’en tirait par la bravoure, c'est-à-dire en courant avec plus ou moins de dignité devant le toro. Antoine Martin nous indiqua que Belmonte avait décidé de ne pas bouger. Le toro viendrait à lui. Plus de faux semblant. Belmonte, c’est le crime assumé.
François Zumbiehl alla plus loin avec Manolete. Celui-ci aurait été le Descartes de la tauromachie : tout flottait, il voulait un sol. Est-ce par l’ordre des raisons que Manolete devint un maître de l’estocade, autrement dit, un grand tueur ?
El Cordobés fut, lui, en opposition avec ses prédécesseurs qui s’absentaient de leur corps, un homme dans l’arène. Un corps en manque, dit Jacques Durand. On s’approche de notre époque : s’il a tué, c’est qu’il avait faim.
À vrai dire, ce n’est pas de crime qu’il fut question hier soir, mais d’une passion violente. On sait que malheureusement, les passions ne se partagent pas.

> Philippe Rochette 

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