par Stéphanie Benson |
" Le chat sautait de pierre en pierre comme un cabri miniature
sur les pentes montagneuses de la vigne abandonnée, sans doute à
la poursuite de quelque bestiole rampante que Philomena ne voyait pas. Le
chat ne voyait pas non plus Philomena, immobile dans lombre mouchetée
de lolivier. Elle tentait, dailleurs, à travers cette
immobilité soutenue, de triompher en quelque sorte de lil
impitoyable du félin. Simple question de volonté.
Le chat séloigna, par bonds successifs, Philomena le perdit
de vue, mais ne relâcha pas pour autant leffort qui faisait
delle une pierre parmi dautres. Seuls ses cheveux voletaient
au vent chaud qui asséchait la garrigue. Des cheveux noirs, épais,
crépus, hérités de ses lointains ancêtres sarrasins,
princes conquérants puis violeurs indésirables, chassés,
répudiés, refoulés vers le sud. Philomena se sentait
plus proche deux que des paysans qui peuplaient le village à
présent, le faisant vivre uniquement grâce à lénergie
dune minorité et largent des touristes.
Un touriste.
Cétait justement ce quelle guettait de sa tour divoire
camouflée tout en haut des vignes à labandon. Un touriste
qui viendrait ou ne viendrait pas à un rendez-vous fixé dans
lenceinte de labbaye.
Beaucoup de choses dépendaient de sa venue.
Comme de son absence.
Jet de dés, pièce dargent projetée dans les
airs pour retomber avec un bruit mat dans la paume de larnaqueur.
On appelle ça le destin. |