chapitre II


L’énigme des morts
sans corps

par Stéphanie Benson

" Le chat sautait de pierre en pierre comme un cabri miniature sur les pentes montagneuses de la vigne abandonnée, sans doute à la poursuite de quelque bestiole rampante que Philomena ne voyait pas. Le chat ne voyait pas non plus Philomena, immobile dans l’ombre mouchetée de l’olivier. Elle tentait, d’ailleurs, à travers cette immobilité soutenue, de triompher en quelque sorte de l’œil impitoyable du félin. Simple question de volonté.
Le chat s’éloigna, par bonds successifs, Philomena le perdit de vue, mais ne relâcha pas pour autant l’effort qui faisait d’elle une pierre parmi d’autres. Seuls ses cheveux voletaient au vent chaud qui asséchait la garrigue. Des cheveux noirs, épais, crépus, hérités de ses lointains ancêtres sarrasins, princes conquérants puis violeurs indésirables, chassés, répudiés, refoulés vers le sud. Philomena se sentait plus proche d’eux que des paysans qui peuplaient le village à présent, le faisant vivre uniquement grâce à l’énergie d’une minorité et l’argent des touristes.
Un touriste.
C’était justement ce qu’elle guettait de sa tour d’ivoire camouflée tout en haut des vignes à l’abandon. Un touriste qui viendrait ou ne viendrait pas à un rendez-vous fixé dans l’enceinte de l’abbaye.
Beaucoup de choses dépendaient de sa venue.
Comme de son absence.
Jet de dés, pièce d’argent projetée dans les airs pour retomber avec un bruit mat dans la paume de l’arnaqueur. On appelle ça le destin.

 

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