Derrière l’abbaye, le village se perdait dans un dédale de rues étroites et placettes ombragées. Il faisait chaud sous l’olivier, plus chaud qu’en bas, malgré le vent. Ou peut-être à cause de lui. Un vent d’autan : lourd, chaud, poussiéreux.
Soudain, l’immobilité statuesque de Philomena se crispa pour devenir plus dense encore. Comme le chat, elle venait de repérer une proie, petit lézard sur le mur de l’abbaye, écrasé par la distance et la perspective.
Le touriste.
Le tout nouveau, le quatrième, comment s’appelait-il déjà ? Guillaume, peut-être. Ou Guy. Un nom comme ça, un prénom ancien, issu de l’histoire, tout comme le sien.
Viendra, viendra pas ?
Pour l’instant, le touriste jouait au flâneur, avançait lentement, faisait le tour par les jardins, étudiait la forme des absidioles du transept sud.

Peut-être pensait-il à la légende, au massacre des sept ermites, qu’elle lui avait raconté la veille.
En le voyant s’approcher enfin de la cour d’entrée, Philomena rompit son vœu d’immobilité et se mit à tanguer, d’un côté puis de l’autre, tandis qu’elle entonnait les mots appris de sa grand-mère, mots secrets, mots magiques, mots d’une autre langue. Logiquement, le touriste pénétra dans l’abbatiale.
Philomena se leva d’un bond et se mit à courir, de pierre en pierre, comme le chat.

 Page Précédente

Retour au Sommaire

Page Suivante