cycle vidéo


11h
15h
17h

 

Ça commence comme Les Mistons, de François Truffaut. On voit deux gosses qui marchent le long du quai des jardins de la Fontaine, à Nîmes, avec l’air décidé de ceux qui font comme s’ils n’avaient pas vu la caméra. Nous sommes au printemps de 1968, Christian Montcouquiol et Lucien Orlewski ont quatorze ans. D’autres ailleurs s’éveillent à la politique et à la révolte. Eux suivent leur chimère : chaque matin, derrière

les boulevards, ils montent dans la garrigue pour s’entraîner. Pendant des heures, l’un fait le taureau devant la cape de l’autre, puis ils changent. Ils ont l’air sérieux, ils ont l’air de savoir ce qu’ils font. L’un comme l’autre – Nimeño II et Chinito – réalisera son rêve : devenir matador de taureaux. L’un comme l’autre en paiera le prix ; ce ne sera pas le même.
Le film de Joël Jacobi, réalisé comme un hommage, un mois après le suicide de Christian Montcouquiol, ressemble à ces après-midi où l’on classe des photos, quand il faut bien vider les tiroirs de l’absent. On revoit Nimeño à Caissargues pour sa première capéa, à Madrid pour un triomphe, à Nîmes, Vic ou Béziers. On le voit et on l’entend, à l’entraînement, tenter d’expliquer sa tauromachie idéale, celle qui ralentit le taureau à l’extrême, celle où la domination se transforme en ballet presque immobile. C’est un petit film de rien du tout. Treize minutes justes et belles. La distance exacte pour un hommage bouleversant.

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