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Comment vivre hors datteinte des complots et forfaitures de la planète
lorsquon ouvre naïvement un journal ? Adieu rouges géraniums,
tilleul et bégonias !
Je vous vois bien en accord avec mon
violon ; nempêche, je vous sens déjà surenchérir
: " Et le téléphone, alors !
" Jallais,
justement, sur-le-champ
quand, en plein été, dans le
bonheur du soir, ça a sonné.
À lautre bout du fil (cest avant quil aurait fallu
le cisailler) cest Robert Illié. Comme ça, tout à
trac, il souhaite que je lentretienne du crime, lui fasse là-dessus
de fortes confidences, et patati ! et patata !
Je vais lui raccrocher
au nez et mettre un terme à son baratin, quand il me dit : "
cest pour Corbières matin
" Adieu relatif
effacement et bienfaisante discrétion ! Il va donc falloir passer
aux aveux
Javoue dabord être un peu pris au dépourvu
et cruellement manquer dexpérience en la matière, nayant
jusquà ce soir commis aucun crime pour de bon, du moins autant
quil men souvienne et hormis celui, bien négligeable,
dêtre né. Pour cela dailleurs il y a prescription
depuis belle lurette ! Des quelques-uns qui voudraient encore ruminer vengeance
à mon endroit, nen reste plus un seul en état de le
faire. Des épileptiques, des gâteux, des agonisants, qui embastillé
en asile daliénés, qui se cramponnant à la morphine
avant den finir ; tous, cacochymes ou grabataires, à lultime
stade de la débâcle et sans que je sois pour quelque chose,
le moins du monde, dans leurs extravagances de damnés. Bref, cest
plutôt moi aujourdhui qui sors blanchi dêtre né,
nencombrant pour ainsi dire presque plus personne, et qui pourrais
sévèrement réclamer des comptes à ces ancêtres
chancelants pour mavoir si longtemps maintenu dans la mistoufle, dun
seul coup de griffe les précipiter dans les ténèbres
! Bernique ! Jaborde maintenant dans le brouillard à de plus
saines obsessions, et que crève toute cette parentèle loin
de ma bénédiction ! |