Même si elle a attendu les années
quatre-vingt pour trouver son héros, la tauromachie française
ne date pas dhier. Mais au fait, Français, Espagnol ou Colombien,
quelle importance ? |
Il y a des évidences qui sont plus ou moins longues à
simposer : on peut être français et grand torero. Malgré
toutes les déclarations de circonstance, les encouragements condescendants
des uns et des autres, il aura fallu les triomphes de Christian Montcouquiol
Nimeño II dans toutes les grandes arènes du
monde pour en persuader le public et les spécialistes. La clé
était simple, lenjeu fondamental. Pourtant, des Français
qui triomphent dans larène, on en trouve des dizaines tout
au long de ce siècle. Mais ce que Nimeño II apporta dirremplaçable
et de déterminant, cest la façon très professionnelle,
complètement dans les normes, dont il mena sa carrière de
matador dalternative pendant plus de dix ans. Cest cette capacité
à atteindre les sommets en épousant la norme, sans apparaître
comme une exception exotique (dont la tauromachie se nourrit aussi) qui
fit la grandeur de Nimeño. Lenjeu, lui, était peut-être
plus important quil ny paraissait alors : il sagissait,
simplement, de prouver que la tauromachie nest pas une exception génétique,
mais bien une manière universelle humaine, forcément
humaine ! de sublimer sa propre vie, en posant de façon inlassable
les questions fondamentales qui la justifient.
Lorsquon connaît un peu la corrida et ce qui sy joue,
il peut paraître étrange de sintéresser à
la nationalité dun torero, de distinguer le Français
du Mexicain, lespagnol du Colombien ; comme le disent souvent les
professionnels de larène, " le taureau ne te demande
pas tes papiers ". Mais jusquà cette confirmation par
Nimeño II, les choses nétaient pas aussi simples.
Lhistoire de la tauromachie en France est ancienne et embrouillée.
Comme partout ailleurs.
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