Comme ailleurs, elle a connu au cours des siècles des aléas
et des éclipses.
Car, si la corrida espagnole telle quon la connaît encore
aujourdhui nest véritablement introduite en France quen
1853, il y a déjà plusieurs siècles que la tauromachie
existe, ici comme en toutes les terres du sud de lEurope. Des siècles
que lon se joue la vie devant les taureaux, courses landaises dans
le Sud-Ouest, courses libres dans le Sud-Est. Cest pourquoi lorsque
la corrida espagnole, réglementée en trois tiers avec mise
à mort, arrive en France, elle est en pays conquis, et il ne lui
faudra que deux années pour sétendre dans tout le Sud.
1853, dabord : Napoléon III épouse une comtesse espagnole,
Eugénie de Montijo. La Cour sinstalle pour lété
à Biarritz, et limpératrice se fait offrir, dans les
arènes de Bayonne, une corrida dans les règles de lart.
Cest la première. Dès lannée suivante,
tout le sud du pays est gagné par cette nouvelle passion, les Landes,
Nîmes, Arles, et jusquà Marseille...
La guerre de 1870, le drame du phylloxéra qui dévaste
les campagnes du Sud vont provisoirement nous éloigner de lEspagne
et de ses spectacles. Personne ne songe alors, dans ces provinces ruinées,
à faire venir de coûteux plateaux de matadors espagnols. |
Christian et Alain Montcouquiol
Cest cette nécessité qui fait loi, et qui invente
un genre de mescladis, la " corrida hispano-provençale
", sorte de salade niçoise taurine, dans laquelle on retrouve
un mélange de tous les jeux et toutes les traditions du Midi, avec
des figures très variées, sauts à la perche et à
pied au-dessus du taureau, pose de banderilles et suerte de muleta limitée
à la mort. Des quadrilles (des troupes) se forment un peu partout
dans les villages. Et des concours sont même organisés pour
désigner " le meilleur toréador français ".
À cette époque, la vedette, la grande figure, cest Pouly
II, Ambroise Boudin, fils du beaucairois Étienne Boudin à
qui lon doit, dès 1871, les grands principes de cette forme
de tauromachie métisse. |