Le photographe Michel Dieuzaide a accroché dans la librairie
du Banquet quelques tirages empruntés à ses souvenirs. Une
série, consacrée à Nimeño II, dans les centaines
de clichés quil prit de lui entre 1976 et 1988. Quand un photographe
a un point de vue ça narrive pas toujours quelque
chose simpose, simplement, dès les premières images.
Les deux premières photos que Michel Dieuzaide a choisi de montrer
sont évidentes : regardez le regard. Toulouse, octobre 1976, novillada.
Ce regard profond, déjà ailleurs, parfaitement absent à
lui-même. Cest Christian Montcouquiol. Que peut-il regarder,
hors du cadre, dautre que le taureau ? Et au fond, a-t-il déjà
regardé autre chose ? Toulouse, juin 1976, novillada : Jean-Marie
Bourret, veilleur, dans son dos, une casquette à carreau de maletilla
vissée sur la tête. Christian est devant lui. Regardez les
regards, ils pointent dans la même direction, mais ils ne voient pas
la même chose. Jean-Marie fronce les sourcils. Cest un professionnel
de larène qui observe, très concentré, un taureau
qui sort. Il regarde comment il court, la façon dont il porte la
tête, ces minuscules détails que le commun des gradins ignore,
et qui renseignent les toreros. Et Christian lui, où est-il, sinon
devant ce taureau qui est sorti pour un autre ? Devant lui, à composer
lentement, très lentement cette tauromachie pure, limpide,
après laquelle il a couru tête baissée, bras
relâché pendant toute sa vie. Regardez le regard. Cest
lui qui dit lhomme, et le torero.
> J-M.M.
Michel Dieuzaide, avec Nimeño II 1976-1988 à
la librairie de labbaye. |
Les yeux
Le torero Nimeño II dans le regard
du photographe Michel Dieuzaide
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