Ferdinand Alquié


La
passion
de
la
raison

 

 

par Francis Wybrands

" La philosophie est le propre de ceux qui, ne pouvant jamais coïncider avec eux-mêmes, ne parviennent pas tout à fait à trouver à la vie le goût de la vie, et aux fruits le goût des fruits. Sinon pourquoi philosopheraient-ils ? " (Solitude de la raison, p. 185) commente Alquié en marge d’un poème de Jean Wahl écrit au camp de Drancy. Philosophe, Alquié (né le 18 décembre 1906, à Carcassonne) le fut à temps plein et de multiples façons : en tant que professeur, d’abord dans le secondaire (de 1930 à 1945), puis dans le supérieur, à Montpellier puis à Paris (de 1952 à 1976), en tant qu’historien de la philosophie (avant tout de Descartes et des cartésiens, mais aussi de Kant), en tant que philosophe original (du Désir d’éternité, en 1943, à La Conscience affective, en 1979), en tant qu’éditeur de Descartes (trois volumes parus en 1963, 1967 et 1973) et de Kant (en 1980 et 1984), en tant que personnage public, très actif durant la Résistance, correspondant de l’Académie des sciences et des lettres de Montpellier (1972) et membre titulaire de l’Académie des sciences morales et politiques (1975), enfin, en tant qu’ami et lecteur de poètes tels Joë Bousquet ou André Breton. C’est à Montpellier qu’il s’éteint, le 28 février 1985.
Qui a pu suivre les cours d’Alquié se souviendra avant tout de sa voix rocailleuse, de son accent du Sud, du débit régulier de la prononciation, de sa ponctualité – la leçon venait comme tout naturellement s’inscrire dans l’heure –, de son humour et, bien entendu, de l’extraordinaire clarté et précision des propos qui, rédigés sur de petites feuilles de papier, étaient lus sur le ton vivant que peut avoir, parfois, la parole professorale.

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