cinéma aux étoiles
21 h 30
 cycle vidéo
11 h
15 h

17 h

Encore un film
sur les fous ?

 

Eh bien justement, non pas du tout. Bien sûr, Nicolas Philibert a filmé La moindre des choses, à la Borde, avec les pensionnaires de ce qu’il faut bien appeler, faute de mots plus adéquats, une clinique psychiatrique. Ou une institution spécialisée. Mais le drôle de château perdu au milieu des bois où se déroule le film n’a rien de commun avec l’idée la plus optimiste qu’on pourrait se faire de l’hôpital, et à fortiori rien à voir non plus avec la réalité d’une maison de soins… La Borde a été créée par Jean Ory, en 1953. Quelques mois plus tard, un jeune étudiant en pharmacie, qui porte déjà en ses fioles quelques solides éléments de philosophie, Félix Guattari, rejoint Jean Ory, et tous deux guident leur navire dans le sillage du psychiatre catalan François Tosquelles : une façon de soigner à la fois les malades et les médecins, d’apprendre à vivre ensemble en se respectant les uns les autres, de partager les tâches du quotidien pour garder un lien avec la réalité, et de ne pas passer du ghetto de la folie à l’isoloir de la clinique… Bref, ce qui fait de La Borde un lieu à part, pas plus proche de l’antipsychiatrie, qui a incarné les beaux jours des années soixante-dix, que du traditionnel hôpital psychiatrique. Un lieu de psychothérapie institutionnelle, inclassable, à nul autre semblable sinon à lui-même, et qui a pour ces raisons-là séduit le cinéaste dont le propos est de mêler la fiction et la réalité tout en filmant une aventure humaine.
Tous les ans, à La Borde, les malades et les soignants jouent ensemble une pièce de théâtre. Cette année, Marie, la comédienne aide-soignante, a choisi Opérette de Gombrowicz. La moindre des choses suit donc les répétitions de cette pièce. Bien sûr, les acteurs sont des pensionnaires. Mais rien ne signale s’ils sont des pensionnaires malades, ou des pensionnaires aidants. Et en les suivant dans leur vie, sur les planches ou après, le voile ne se lève pas forcément. Et dans cette incertitude qui n’est pas une question, se jouent la pièce et le film. Un film sur chacun de nous, fou ou pas.

Primo Levi : et mon tout est un homme

de William Karel

Une caméra qui tremble sur le nom de Primo Levi, écrit en majuscule à côté de la sonnette, le plan de la rue, de la cage d’escalier... Le film ouvre sur l’annonce au journal télévisé du suicide de Primo Levi. Et déroule la vie de ce jeune bourgeois de Turin, ingénieur chimiste, qui comprend brutalement qu’on peut faire des différences entre les êtres à cause de leur naissance, et que parce qu’il est, lui, né dans une famille juive, il n’a plus droit à l’université, à la citoyenneté, à la vie. Et choisit la résistance. Patriote ou Juif ? A cette question qu’on lui pose lors de son arrestation, Primo Levi répond qu’il est juif. Parce que, dit l’une de ses amies, il est convaincu qu’être juif n’a jamais été une faute. Quelques témoignages de ses proches, de longs extraits d’une interview réalisée dans un wagon de chemin de fer, où Primo Lévi raconte sa déportation à Auschwitz, quelques images de son retour, des années plus tard, dans un camp transformé en musée, des passages de ses livres, lus par le comédien Bernard-Pierre Donnadieu, en voix off... Petit à petit, se dessine le portrait d’un homme, qui a continué d’exister après Auschwitz, et qui, comme tous les autres survivants des camps de concentration nazi portera la culpabilité - et le questionnement – d’avoir, lui, survécu à ce qui en a tué des millions d’autres. Puis, et seulement ensuite, se précise le portrait de l’écrivain : de celui qui n’a pas eu le simple besoin de raconter, de porter témoignage de ce qu’il a vécu. Mais qui a raconté Auschwitz en en approchant au plus près la réalité, en nouant avec les mots la terrible vérité : comme un chimiste qui dit la réaction des éléments mis en contact les uns avec les autres. Comme un écrivain qui devra attendre la 44e édition de l’histoire de la littérature générale italienne pour y figurer, avec, d’emblée, la mention " sans doute le plus grand écrivain italien…" Comme un homme dont le destin, mêlé de si près à l’Histoire, est difficile a dissocier de la force sobre de son écriture.
Un homme qui porte gravé sur le marbre de sa pierre funéraire ce numéro 174517 qui était tatoué sur son avant-bras.

Retour au Sommaire