
La librairie suite
Il ny avait pas grand monde hier matin à la librairie,
toujours située dans lancien réfectoire des moines à
labbaye. La veille, louverture à 14 heures avait donné
lieu à une ruée. Les rayons les plus dévalisés
avaient été dans lordre décroissant : les livres
pour enfants, Verdier, la tauromachie enfin, à égalité
approximative avec la littérature dans les collections de poche.
Les libraires ont cru reconnaître quelques types de lecteurs : enfants
donc, pédagogues inquiétés par lapproche de la
rentrée, estivants heureux de combler leurs lacunes de lannée,
simples flâneurs amis des librairies. Mais il ne sagit là
que dimpressions que nulle enquête na confirmées.
Hier encore, dans laprès midi, à lheure des
lectures puis de la rencontre consacrée à la tauromachie française
et à Nimeño II, laffluence était revenue. Les
faits étant rapportés très exactement, quen conclure
?
> Ph.R.
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Un beau combat
Pour savoir de qui lon parlait hier aux rencontres de labbaye,
il convenait de passer dabord, juste avant le cloître, par lexposition
des photos de Nimeño II par Michel Dieuzaide. Pour qui ne connaît
rien à la tauromachie, Christian Montcouquiol cest dabord
un visage. Cet homme-là était beau, si lon entend par
là que sur son visage se lisaient une tension, une crainte, une douceur,
une jeunesse, un doute. Il est même surprenant de voir ce visage-là
sur un corps qui simultanément est tendu vers une beauté formelle.
Pour savoir de qui lon parlait, il fallait aussi écouter
la lecture de Marc Betton, Laurent Manzoni, Laurence Roy. " Les bienheureuses
peur du passé
", " pour lui la mort nétait
rien quune horreur
", "... recouvre-le de lumière...
". À travers les fragments du livre écrit par Alain
Montcouquiol, on saisissait le passage de la passion du toro dun frère
à lautre. Les images alors revenaient : Nimeño, cet
enfant.
Il fallait ensuite écouter Alain Montcouquiol, laîné.
Il disait que pour les deux frères, les toros nétaient
affaire ni de racine, ni de destin, puisque nés auvergnats dun
père militaire qui aurait pu ne jamais être en garnison à
Nîmes. Alain Montcouquiol a dit :
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" Quand jouvre un livre neuf, lodeur me fait penser
aux toros parce que jai beaucoup lu de livres sur les toros quand
jétais jeune. " Il a dit aussi : " Je ne sais pas
si les toreros parlent bien de leur métier. Mais je sais quils
y réfléchissent parce quils sont confrontés à
la seule question importante, la mort. " Il raconta comment on opposait
des arguments bêtes à leur désir de toréer, eux,
des Français et on comprenait combien cette histoire-là émergea
comme une conspiration contre la bêtise. Alain Montcouquiol parla
aussi de la conception éthique quavait son frère de
la tauromachie, dune manière de faire des choses pour être
en paix avec soi-même ; il dit un peu plus tard ce quétait
un beau combat " quand le toro cesse dêtre un adversaire
qui veut vous tuer mais quelquun qui fait quelque chose de beau avec
vous. On est en paix avec soi-même quand le toro vous rend heureux
pendant, alors que les autres cest après. " Pour parler
dune société injuste, celle-ci, il évoqua "
une société où ce qui concerne la souffrance et la
mort est planqué. "
Ainsi Alain Montcouquiol, dune voix grave et douce, nous aiguilla.
La corrida ? Vertu puisquelle aspire à la vérité.
Hier, on a su aussi que pour parler de la corrida, rien ne vaut un torero.
On a compris enfin que la fraternité, inconsolable maintenant, aurait
bien pu se passer des toros.
> Philippe Rochette
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