Le premier open de philo a eu lieu à Strasbourg, le dimanche
31 mars dernier, au Théâtre du Maillon tandis que défilaient
dans la ville des milliers de manifestants contre le congrès du Front
National. Certains ont vu là plus quune coïncidence
Quoi quil en soit, leffet de cet " open " sur la
politique française na pas tardé à se manifester.
Deux mois plus tard, le maire de la ville, qui nous avait fort aimablement
invités, madame Catherine Trautmann, était propulsée
rue de Valois dans le fauteuil de ministre de la Culture... Portons-nous
bonheur ? Sommes-nous introduits dans les plus hautes sphères de
lÉtat ? Ces questions méritent dêtre posées
et nous les soumettons à tous les maires de France qui hésitent
à nous inviter. Mais qui est-ce " nous " ? Réponse
: des avocats, des journalistes, des écrivains, des artistes, qui
ont en commun cette conviction : la philosophie est une chose trop sérieuse
pour être abandonnée aux philosophes professionnels. Formulées
ainsi, sans les habituelles références ni les citations dusage
(après tout Schopenhauer et Nieztsche ont passé leur temps
à dire la même chose...), ces propositions ont un air démagogique
et même provocateur, dans le cadre dun Banquet du livre qui
accueille des autorités en la matière. Serons-nous les agitateurs
cyniques, les bouffons du roi, les joueurs de pipeau du banquet platonicien
?
Les armes de la dialectique
Non. Laffaire est très sérieuse. Il sagit
de ressusciter ce quau Moyen Âge on appelait la " dispute
", joute oratoire qui mobilisait professeurs et étudiants,
lors de séances pouvant durer des jours entiers, selon un rituel
et un règlement qui faisaient des orateurs de véritables athlètes
de la parole. Gare au perdant dune dispute ! Il perdait non seulement
la face mais parfois sa place dans la hiérarchie universitaire. Nous
nentrerons pas ici dans lexposé des différentes
sortes de disputatio (ordinaire, quodlibétale, etc.). Il suffit
de savoir que la dispute moderne se tient à la Sorbonne depuis trois
ans, le jour du bac philo, sous légide des Amis de Jean-Baptiste
Botul.
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Pour notre première venue à Lagrasse, ce match de philo
prendra des formes nouvelles. Car il ny a pas de prise de tête
sans prise de risque. Les discours seront en partie improvisés. Le
colloque peut toujours déraper. Des attaques ad hominem et
même ad feminam ne sont pas à exclure. Aucune arme rhétorique
ou dialectique ne sera laissée au vestiaire. " La petite vertu
est-elle un grand crime ? ", " Le crime ne paie pas, la vertu
non plus " sont des sujets annoncés. Les participants oseront-ils
les traiter ? Tout est ouvert, tout est possible, il sagit dun
" open ". La liste des participants nest pas close. On
annonce la venue de fabuleux orateurs toulousains. Que se passera-t-il sils
décident de " disputer " en occitan ? Réponse
le 9 août.
En attendant, un mot à propos de Jean-Baptiste Botul. Ce philosophe
français méconnu est né en 1896 dans le village de
Lairière (lieu-dit Les Jourdets), à quelques kilomètres
de Lagrasse. Penseur immense de tradition uniquement orale, Botul est tombé
dans un oubli injuste. Il est vrai que de sa pensée, on sait peu
de choses. Cette année, le 15 août, nous célébrerons
le cinquantième anniversaire de sa mort. À tous les amoureux
de la tradition orale en philosophie, nous donnons rendez-vous. Si vous
ne pouvez pas monter jusquà Lairière pour une "
botulade " historique(1), vous pourrez vous contenter de " lopen
de philo " à Lagrasse pour célébrer avec nous
les vertus de léloquence philosophique, conformément
à la devise botulienne : " Tous unis pour la dispute ! "
Frédéric Pagès
(1). Pour tout renseignement sur Jean-Baptiste Botul et
les botulades à Lairière, tél. 04 68 70 04 79. |