peau tendue de la parturiente qui ne se savait pas grosse, les îles
naissent dun enfer sous pression qui dépose sur leau
ou sur le bord dune autre terre son trop plein de charbon ardent où
quelques âmes damnées se faufilent, mal repenties, décavées,
hâves, noires et sauves comme des évadées. Jai
vu à la Punta dos Capelinos, dans larchipel des Açores
(Les Vautours), ce volcan né de leau le 13 mai 1957 qui rallongea
de plusieurs kilomètres lîle de Faial, léglise
Notre-Dame des Douleurs ensevelie jusquau rocher sous la lave et la
cendre, on a rivé une plaque sur le peu qui dépasse : "
Noffensez jamais Dieu. " Jai vu à Heimaey, dans
les îles Vestmann, dans le sud de lIslande, le volcan Helgafell
enterrer la ville le 23 janvier 1973 sous dix mètres de cendres,
jai rencontré Thorhallur Vilmundarsson, lonomasiologue
qui fut chargé de nommer cette nouvelle terre de jais qui protège
le port : Eldfell, " La Montagne de feu ". Dautres, ailleurs,
en ont vu dautres, de ces plages de sable noir, poudre à éternuer
des volcans.
Les nuages parfois dessinent des îles nouvelles dans leau,
ce sont des leurres, des îles feintes, les mirages des naufragés,
les linceuls des noyés, jamais les îles ne descendent du ciel,
du paradis, comme des anges, elles sérigent, elles montent
sous la caresse du mal, lenfer perce lhymen de leau, et
jette parmi les cendres sa semence de démon. Ainsi léminent
professeur Arni Björnsson a dénombré dans son registre
savant, le Vaetartal, plus de cinq cents créatures infernales
qui hantent le pays dIslande. Cette terre boréale est la plus
jeune des grandes îles, elle en tremble encore, la dérive des
grands continents la déchire par le milieu, et les démons
qui lhabitent, dans la verdeur de leur âge et le bon droit du
premier occupant, y jettent des ombres, longues comme des nuits polaires,
quil vaut mieux contourner. Les plus lents, les plus lourds, les plus
forts dentre eux sont les trolls. Pas prêts à se laisser
plumer ou saouler comme de pauvres Indiens dAmérique. |
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