Raffaele Nigro
ou lautre Sud
propos recueillis et
traduits par Bernard Simeone
La rencontre avec Raffaele Nigro naura pas lieu ce
samedi à 16 heures : affecté par un deuil, lécrivain
italien a dû renoncer à être des nôtres. |
Raffaele Nigro, né à Melfi en 1947, est rédacteur
en chef de la RAI à Bari, la capitale des Pouilles. Cest, dans
le panorama de la littérature italienne daujourdhui,
une singularité, car le Sud transalpin, ou Mezzogiorno, se résume
souvent pour les lecteurs étrangers à Naples ou la Sicile.
Une autre particularité de Nigro est de situer son travail à
la double frontière du nord et du sud, de lest et de louest,
la dimension adriatique étant essentielle dans ses nouvelles et ses
romans. Cest donc dun " autre " Sud que nous parvient
sa voix, et autour de cette aire géographique et mentale que se déroule
le présent entretien.
Ton parcours a commencé par un important travail sur des
documents darchives relatifs aux académies poétiques
de lâge baroque dans la région qui est la tienne, entre
Pouilles et Basilicate, puis sest prolongé par des recherches
sur les mouvements paysans du Sud italien, de la fin du royaume de Naples
à lunification italienne. Dans ton uvre, à quel
besoin, à quelle exigence, a correspondu, ensuite, le passage de
lessai à la fiction ? Que représentait pour toi, après
la domination de la scène littéraire italienne par la néo-avant-garde
et une certaine paralysie du genre romanesque, la possibilité de
raconter à nouveau des histoires, et cela singulièrement pour
un écrivain du Sud ?
Je ressentais le besoin de dialoguer avec des lecteurs. Létude
des archives mavait fait connaître une histoire " mineure
" ; lécoute de la tradition orale mavait transmis
une culture millénaire en voie dextinction. Jai pensé
que la vie quotidienne du monde dont je venais devait être racontée
de la façon dont je lavais étudiée et vécue,
afin doffrir aux lecteurs des instruments pouvant contribuer à
lélaboration de structures sociales nouvelles. La fin du monde
paysan et lavènement de la société du bien-être
et de la consommation avaient bouleversé toutes les règles.
Il fallait faire le point en ce qui concernait aussi bien le passé
que le présent afin de comprendre ce passage, et les raisons du malaise
de ma génération. Je voyais là, pour la littérature,
une fonction éthique et pragmatique.
|