
Attilio Bertolucc
" Journal des faits mémorables arrivés aux Bertolucci
depuis leur installation dans lApennin au xviiie siècle ",
La Chambre fut publiée en Italie (La Camera da letto, Rizzoli, 1984)
puis fort bien traduite en français par Muriel Gallot, pour les éditions
Verdier, en 1988. Au cur du texte, un lieu et une histoire. Le lieu
: à la frontière du haut Apennin âpre et rugueux et
de la plaine douce et fertile du Pô, " un site abrité
des vents, riche en herbe en bois et en eau, exposé en soleil comme
il faut ", où les pères fondateurs du domaine, les ancêtres
dAttilio Bertolucci, estimèrent que le moment était
venu de sarrêter ; cétait, écrit le poète
" une terre pour y vivre, chevaux et hommes, durablement ".
Lhistoire : celle dune jeunesse en formation, durant lentre-deux-guerres,
quand lattachement au
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giron familial et maternel va de pair avec le désir darrachement,
déloignement, de départ ; en arrière-plan, la
montée du fascisme dont témoignent des épisodes violents
daffrontement entre syndicats patronaux et paysans et, plus encore
peut-être, des absences soulignées : " Cette année-là
dont lesprit refuse le souvenir et cest comme une chronique
familiale à laquelle on a arraché des feuilles redoutables.
" Pour rédiger ce quil nomme lui-même " un
roman familial en vers ", Attilio Bertolucci a créé
une langue à la fois discursive et lyrique, une écriture travaillée
où les éléments les plus simples prennent une saveur
nouvelle.
Cette tentative poétique de retrouver le temps perdu, a suscité
un écho, une résonance chez Philippe Morier-Genoud. Il y a
retrouvé des paysages, images et lumières qui évoquaient
sa propre enfance rurale, au-delà des décalages temporels
et sociologiques (le père de lacteur exploitait un domaine
agricole mais nen était pas propriétaire). À
loccasion de la parution de lédition française,
en 1988, il avait présenté à Villeurbanne une mise
en voix du texte, respectant lexigence de la parole et la densité
des images, animée par un respect profond pour la parole du poète,
sans effet oratoire ou scénique, sans autre intention que de rapprocher
La Chambre des oreilles et des curs des spectateurs intention
pas si modeste quil y pourrait paraître ! Ce soir, une voix
nous restituera une parole, nous conviera à " suivre un homme,
entrer en lui, flotter comme un banc de mémoire à la surface
de son récit ". " Les alvéoles de la mémoire
sont fraîches comme des caves, vin et passé y fermentent plus
fort ", écrit Bertolucci ; peut-être cette voix fera-t-elle
fermenter, en chacun de nous, le souvenir de son propre " roman familial
".
> J.-C. Z.
À 22 heures au petit cloître de labbaye. |