Joë Bousquet, son beau frère et François Paul Alibert à gauche.

 


Cela, c’est très fort. Vous avez lu de loin dans mon activité la plus récente et la plus secrète. Oui, je sais, depuis peu, où il faut prospecter. Le corps est le firmament de tout le réel imaginable. Nous sommes la carte de ce firmament ranimée dans le coin où on l’a mise. Il y a plus.
L’erreur ne nous éloigne pas du réel : elle se sert de lui pour nous leurrer : elle l’irréalise. Ainsi trompe-
t-elle à la fois ceux qui la croient et ceux qui la mettent en doute. Elle volatilise nos regards en volatilisant ce qu’ils découvriraient.
Imaginez, par exemple, que l’enfer existe physiquement et sans lien, bien entendu, au sentiment du bien et du mal. Que cette intériorisation de l’équilibre matériel (qu’est le sentiment de justice) accapare la vision de l’enfer, et voilà le regard enterré au seuil de la découverte.
Le sentiment d’une vie limitée enterre le regard au seuil de ce qu’il allait nous restituer et le force à n’y accéder qu’à l’état de spectre.
… Passons : par une chance merveilleuse, je viens de lire et de faire accepter votre excellent article manuscrit sur l’état actuel du surréalisme (Cahiers du Sud). C’est parfait, et ne cherchez pas l’ombre d’une critique dans les lignes qui vont suivre et que je vous présente seulement comme une suggestion. Elle tient son prix de l’occasion qui ressuscite à Bruxelles – autour de Magritte, Scutenaire, une figure de la renaissance surréaliste. (Je retourne par ce courrier le texte manuscrit du Manifeste, avec des observations à Magritte dont il sera – ou non – tenu compte. Observations de complément. Je suis sur presque tous les points d’accord avec mes amis belges.) Vous devriez être en rapports continuels avec Bruxelles (Magritte, 135, rue Esseghem, Jeste, Bruxelles).

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