Cela, cest très fort. Vous avez lu de loin dans mon activité
la plus récente et la plus secrète. Oui, je sais, depuis peu,
où il faut prospecter. Le corps est le firmament de tout le réel
imaginable. Nous sommes la carte de ce firmament ranimée dans le
coin où on la mise. Il y a plus.
Lerreur ne nous éloigne pas du réel : elle se sert de
lui pour nous leurrer : elle lirréalise. Ainsi trompe-
t-elle à la fois ceux qui la croient et ceux qui la mettent en doute.
Elle volatilise nos regards en volatilisant ce quils découvriraient.
Imaginez, par exemple, que lenfer existe physiquement et sans
lien, bien entendu, au sentiment du bien et du mal. Que cette intériorisation
de léquilibre matériel (quest le sentiment de
justice) accapare la vision de lenfer, et voilà le regard enterré
au seuil de la découverte. |
Le sentiment dune vie limitée enterre le regard au seuil de
ce quil allait nous restituer et le force à ny accéder
quà létat de spectre.
Passons : par une chance merveilleuse, je viens de lire et de
faire accepter votre excellent article manuscrit sur létat
actuel du surréalisme (Cahiers du Sud). Cest parfait,
et ne cherchez pas lombre dune critique dans les lignes qui
vont suivre et que je vous présente seulement comme une suggestion.
Elle tient son prix de loccasion qui ressuscite à Bruxelles
autour de Magritte, Scutenaire, une figure de la renaissance surréaliste.
(Je retourne par ce courrier le texte manuscrit du Manifeste, avec
des observations à Magritte dont il sera ou non tenu
compte. Observations de complément. Je suis sur presque tous les
points daccord avec mes amis belges.) Vous devriez être en rapports
continuels avec Bruxelles (Magritte, 135, rue Esseghem, Jeste, Bruxelles). |