Sil y eut tant de monde hier soir aux rencontres de labbaye
était-ce pour lopen ou pour la philosophie? Il est sûr
toutefois quil ny eut jamais autant de monde dans le petit cloître
depuis le début du troisième Banquet, mais nous nen
sommes quau troisième jour.
Il y eut du calembour, beaucoup, et de la contrepèterie, un soupçon;
les gens riaient. Il sagissait dironie. A la tribune, donc,
un président, des orateurs.
Cette rencontre permit une belle illustration des diverses formes de
lart oratoire et de ses effets sur un public.
La parole du militant, avec la force de sa sincérité,
maladroite parfois, mais toujours assumée. Le silence du public installe
lécoute dune voix singulière et les applaudissements
sont de compagnonnage: Claude Marti parle de son païs.
La parole du prétoire qui prend la forme du procès comme
si elle était réelle, qui rejoue une scène qui nest
pas. Claire Doubliez plaide sans enjeu. Les spectateurs badent.
La parole du savant des mots, qui tord, malaxe, défait les phrases.
Il entraîne, mi-complice, mi-forcé, le public dans une série
de jeux de mots qui le font sourire, heureux de comprendre. Hervé
Le Tellier dissèque.
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Dans ces rapports multiples entre orateurs et spectateurs, beaucoup
de plaisir si on le mesure aux rires. On peut juste se demander ce que la
philosophie faisait là et doù venait ce besoin cruel
de construire, par dessus les différences, deux camps forcés
au combat.
> Alain Raybaud
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On a refusé du monde au petit cloître de labbaye
pour lopen de philosophie. |