chapitre IV


L ’ é n i g m e
d e s
m o r t s
s a n s
c o r p s

par Robert Deleuse

" Le texte qui défilait sur l’écran semblait faire suite à celui mettant en scène Philomena. L’homme qui se faisait appeler Francisco Ruiz tira sur l’embout de sa Craven A. Depuis quelques instants, il observait, impassible, le disque rouge du couchant marbrer d’ombres géométriques le ventre de la colline. Ce tableau précaire lui rappelait certains soirs d’été, à Tipasa, quand la montagne est noire de soleil. Du coup, son enfance abandonna les limbes de sa mémoire pour émerger, comme neuve, au présent de sa vie. La brûlure de la cigarette, qui s’était consumée entre ses doigts, le ramena vivement à la réalité.
Il avait dîné tôt (filet de sole, pommes à l’anglaise) à la terrasse de l’auberge que lui avait signalée cette Philomena lorsqu’elle l’avait appelé au nom du commandant Malik. Elle lui avait demandé de s’y arrêter pour se restaurer, en attendant la tombée de la nuit. Il pourrait alors la rejoindre à Lagrasse (une maison derrière la place de la Bouquerie) et elle le conduirait au chevet du commandant qui était blessé et dans l’incapacité de se mouvoir.
Sur le moment, il n’avait rien compris à cette histoire. Pourquoi ne l’avait-on pas contacté par la voie habituelle ? Par qui le commandant avait-il été blessé ? Une semaine auparavant, il était parti enquêter sur la disparition de cinq camarades qui s’étaient

 

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