cinéma aux étoiles
21 h 30
 cycle vidéo
11 h
15 h

17 h

Le Crime
de Monsieur Lange

de Jean Renoir


Le Crime de Monsieur Lange est un film volontariste. Il professe que l’organisation collective du travail, accomplie dans l’amitié et l’équité, est possible : la coopérative d’édition mise en place par les ouvriers après que l’ignoble patron Batala a pris la fuite et fait croire à sa mort, cette coopérative fonctionne. Mieux : elle prospère.
Quand Batala vient pour reprendre les rênes et l’argent de l’imprimerie renflouée sans lui, Lange, rêveur inspiré qui a largement contribué au succès de la coopérative, ne supporte pas l’idée que le fruit de l’effort collectif soit anéanti. Il tue Batala. Ce meurtre, né d’une colère individuelle, ne pourrait-il pas être considéré comme l’expression d’une indignation générale ? La construction du film en flash-back – rareté à l’époque – institue dès le début sur ce point les spectateurs en jury par un astucieux dispositif en abyme.
On sait aussi ce que le film doit à la verve de Jacques Prévert – sollicité comme scénariste par le producteur – et à l’enthousiasme des acteurs du groupe anarcho-communisant Octobre fondé en 1932 par le poète. Tourné à l’automne 35 alors que les organisations de gauche venaient de signer les accords électoraux dans la perspective des législatives de juin 1936, Le Crime de Monsieur Lange témoigne de l’euphorie d’artistes exaltés par l’effervescence politique du moment.
Jean Renoir a pris part à ce climat de camaraderie joyeuse. Mais il manifeste aussi par sa mise en scène le souci d’éviter toute lourdeur démonstrative. La caméra capte les groupes de telle sorte qu’elle ne les referme pas sur eux-mêmes. La combinaison des panoramiques, des travellings et des déplacements d’acteurs ménage, à la faveur de souples entrées en scène dans le plan, un espace particulier pour chaque personnage, à même alors d’indiquer son point de vue ou son humeur.
Ainsi, chez Renoir, la logique des groupes positifs n’efface pas l’importance accordée à l’entropie générale ni à la " part maudite " de chacun.

> Francis Desbarats

Louis-René des Forêts
de Michel Dumoulin


L’œuvre de Louis-René des Forêts, exigeante et discrète, reste trop peu connue, malgré le prestige dont elle jouit auprès d’un public de fidèles ; de ce fait, le parti pris du film est de faire entendre cette " parole rare, mais portée par une sorte de nécessité absolue ", avant même de donner quelques renseignements sur l’homme : son enfance dans un collège religieux de Saint-Brieuc, son engagement dans la Résistance, sa retraite à la campagne, son entrée dans le comité de lecture de Gallimard, la signature de l’Appel des 121 contre la guerre d’Algérie, la mort de sa fille à l’âge de quinze ans.
Les textes mis en voix par Charles Berling, Alain Cuny et l’auteur lui-même – Le Bavard (1946), Une mémoire démentielle (1957), Un malade en forêt, Poèmes de Samuel Wood (1986) – permettent de rentrer en contact avec une œuvre qui est, a-t-on écrit, " une méditation sur l’enfance et le silence, [et] aussi, avec une force d’évidence toujours accrue, une réflexion sur le deuil " ; plus encore, avec une écriture marquée, avant tout, par le souci d’un rythme, " recherché et parfois obtenu lorsqu’il correspond à [la] respiration naturelle ", mais que l’auteur sait rompre pour " introduire une dissonance qui traduise ou souligne les mouvements contradictoires de l’être, la discontinuité de son parcours ". Le film abuse parfois des poncifs de l’imagerie " poétique ", mais la beauté des textes justifie à elle seule l’entreprise.
À la librairie du Banquet, on pourra se procurer le dernier ouvrage de Louis-René des Forêts, Ostinato (Mercure de France, 1997). Cet " autoportrait morcelé ", lentement élaboré (à partir de 1972), réunit des " fragments " dont chacun correspond à un nouveau départ – il se fait, écrit l’auteur, " à partir de la langue et non de la mémoire " – et qu’assemble une respiration – un rythme – qui signe l’écriture de Louis-René des Forêts.

> J.-C. Z.

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