enquêtes conduites sur le terrain par les membres de la société dont elle est le bulletin. Ils constituent par petite touche une mythologie locale avant tout attachée à des lieux. La valorisation des espaces par des légendes ou des cultes est le signe tangible que ces lieux sont habités. Les êtres mythiques qui les hantent peuvent être bénéfiques ou maléfiques, cela ne fait que renforcer la prégnance d’un paysage physique qui est aussi un paysage mental.
Les premières contributions remontent aux histoires d’avant l’Histoire. Les dolmens, les menhirs, les rochers témoignent d’une première mise en ordre du chaos originaire. Le curé de Clermont-sur-Lauquet a laissé un manuscrit sur l’histoire de son village. La revue lui emprunte la légende de fondation qu’il avait recueillie auprès de ses ouailles :
" Il était une fois, il y a bien longtemps, un géant qui s’appelait Brau, qui était d’une force peu ordinaire. Qu’on se figure : pour s’amuser, il jouait au palet avec des meules de moulin. Il aimait à dormir, et parfois, quand les voyageurs passaient près du fleuve au fond du ravin, ils entendaient comme un roulement de tonnerre lointain : c’était le géant qui dormait là-bas, sur la cime du mont le
plus haut, au pied du mur rocheux des Trente-six-vents. Ce géant n’était pas heureux ! Car un autre géant, nommé Bacou, venait souvent troubler son sommeil. Il était de loin, des rives arides du Lauquet, et avait le don de commander aux bêtes féroces. Un jour Brau fut réveillé en sursaut par un bruit sempiternel qui venait de l’autre rive du fleuve. C’était Bacou qui avait fait venir à lui tous les loups du pays pour que leurs hurlements empêchent Brau de dormir. Celui-ci, pris de colère, arracha un bloc de pierre qu’il lança, de toutes ses forces, sur celui qui venait troubler son sommeil. La terre trembla quand le caillou vint se planter à sept pieds et demi de Bacou qu’il renversa et le couvrit de poussière pareille à une brume basse ; et les sources coulèrent, pendant une heure, trouble. Bacou, pris d’une grande frayeur, vint à grandes enjambées, se cacher dans un trou, près des tours, sur les bords du Lauquet. Ses gémissements firent écrouler une partie du château de Clermont et depuis, afin que les murs encore debout ne viennent fermer à jamais sa demeure, on ne l’entend plus. Par les matinées froides,
Page Précédente

Retour au Sommaire

Page Suivante