Avec la mythologie, lOccident imbu de lui-même a tout de
suite inventé le plus grand cirque du monde. Où lon
pouvait voir, sous un ciel grandeur nature, Atlas en roi de la force et
Vénus en maillot ; Pandore avec sa boîte à malices et
Prométhée en cracheur de feu ; un cheval ou un centaure emportant
une vierge au galop ; Vulcain lestropié qui traînait
son malheur en boitant, comme les vieux clowns qui ont commencé par
être acrobates ; et partout à la fois le trapéziste
envoyé par Zeus, messager de lOlympe et dieu des voleurs en
même temps : Hermès le silencieux, quon imagine à
lentracte en train de faire les poches aux spectateurs.
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Populaire et savant, et si souvent mal compris, le vocabulaire du cirque
est à lui seul un enchantement, mais aussi lobjet dune
rêverie trompeuse.
Cest ainsi quon ne peut sempêcher de voir les
" enfants de la balle " jongler de père en fils, alors
que la balle est le grand drap dans lequel ils rangeaient leur maigre trésor,
noué aux quatre coins comme le balluchon quon jetait autrefois
sur lépaule avant de reprendre la route.
Et même si les " belluaires " nont pas grand-chose
à voir avec les gladiateurs de lAntiquité combattant
les lions rapportés par les légions romaines, ils rappellent
malgré tout la guerre dont la nature est le théâtre
quotidien. Dompteurs ou belluaires, le nom quon choisit de leur donner
en évoque deux autres, le " pelotage " et la "
férocité ", qui résument les deux méthodes
pour dresser les fauves, et peut-être aussi les rapports entre les
hommes.
Quant aux " jeux icariens " qui nont quun très
lointain rapport avec la tragique histoire du fils de Dédale, ils
éclairent cet épisode mythologique dune lueur venue
de lenfance ; mais lon se dit à la fin que la recherche
forcenée dun sens, au risque de ne pas toujours retomber sur
ses pieds, cest ce qui nous reste du besoin de vertige quand on ne
connaît plus que le destin des assis. |