On ne le sait pas tout de suite, mais le cirque est un exorcisme.
Car plus encore quun éternel enfant, il faut être
un vieil amant de la peur pour aimer le cirque, afin de sentir sa présence
alors quelle nous effleure sans nous toucher, plus légère
quune acrobate et mieux dressée quune bête fauve.
Comme lépée, comme le sabre qui devient une écharpe
de soie dans les mains de lillusionniste, ou plutôt comme la
colombe quil fait rentrer dans sa manche, loiseau de malheur
bat timidement des ailes sans jamais prendre son envol, sous le chapiteau
où il est en cage.
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" La paix dans la jungle " : le numéro de dressage
dans lequel tant de dompteurs rivalisèrent au siècle dernier,
qui consistait à présenter dans la même cage des bêtes
qui dhabitude se dévorent entre elles : des loups, des hyènes,
des tigres, des lions, des panthères et même des ours, ce numéro
irréel et risqué fait irrésistiblement penser à
Rousseau : non pas le philosophe de létat de nature, mais le
peintre qui peupla son atelier de jungles imaginaires, où règne
une charmeuse de serpents qui ressemble à une Ève noire.
De même que derrière le calme apparent de la peinture se
cachent les massacres de la guerre, derrière lélégante
présentation de la férocité vaincue se cachaient les
aventures coloniales de la République et la capture des lions de
lAtlas, lentraînement quotidien, les coups de cravache
et les coups de griffes, comme sil sagissait de vaincre en même
temps lagressivité des fauves et la violence de lhistoire.
Jusquau jour où la nature reprenant le dessus, sans quon
sache quel désir obscur ou quelle rancune accumulée fait soudain
bondir le fauve, celui-ci accroche le dompteur à lépaule
ou à la nuque, pour le dominer à son tour et parfois le dévorer
sur place.

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