Fabre d’Églantine


Tu peux
faire
tomber
ma
tête,
Fouquier

 

 

par Jean-Yves Masson

Pauvre Fabre d’Églantine ! Qui se hasarderait aujourd’hui à prendre sa défense, avec cette fleur un peu ridicule dont il crut bon d’affubler son nom pour se lancer dans la carrière théâtrale ? Même l’églantine qui nous intrigue, chez ce mythomane qui prétendit parfois être avocat alors qu’il n’était au mieux qu’un prêtre défroqué, semble usurpée : il affirmait avoir remporté une églantine d’or aux Jeux Floraux de Toulouse pour un sonnet à la Vierge Marie (en 1772 ou 1775, selon les versions), et cela ne semble guère probable, car l’églantine était un prix d’éloquence, décerné à un discours en prose, et non un prix de poésie. Son nom étant, dans les manuels d’histoire, associé au bain de sang de la Terreur, Philippe-François-Nazaire Fabre, dit Fabre d’Églantine, ne paraît guère sauvable aux yeux de la postérité, ni comme politicien, ni comme écrivain, d’autant qu’il n’a pas laissé à ses contemporains l’image d’un homme de convictions, mais plutôt celle d’un arriviste prêt à tout pour prendre simplement la place des aristocrates délogés et venger les déboires d’une jeunesse avide de gloire et longtemps humiliée.
Fils d’un petit drapier de Carcassonne, né dans cette ville le 28 juillet 1750 (et non à Limoux, comme on le dit parfois : il y passa seulement son enfance), un temps instituteur chez les Frères de la Doctrine Chrétienne à Toulouse, puis acteur errant, il connut enfin le succès sur les scènes parisiennes à partir de 1790, après de nombreux échecs qui lui laissèrent manifestement une grande amertume (à en juger par la violence avec laquelle, dans certaines de ses préfaces, il parle des critiques et de ses rivaux, notamment Collin d’Harleville).

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