chapitre V


L’énigme des morts sans corps

par Maud Tabachnik

Je descends de la Mégane de location, prends mon sac de voyage et traverse le pont. On m’a retenu une chambre à l’hostellerie Charlemagne qui, j’espère, aura eu le bon goût de m’attendre.
Oui, il l’a eu. Ou plutôt, elle. Car c’est une souriante hôtesse qui m’espère derrière le bureau de la réception.
— Bonsoir, madame, dis-je, on vous a retenu une chambre au nom de Stéphanie Tyller.
— Exactement. On m’a prévenu que vous arriveriez tard. Voici votre clé, me dit l’accorte aubergiste.
— J’ai quitté Paris par le dernier vol. Je vous remercie de m’avoir attendue.
— Mais je vous en prie, bonne nuit, madame.
Je monte au 21. La chambre est sympa avec une jolie salle de bain et une super vue sur le village. Mais je gage que je n’aurai pas loisir d’en profiter beaucoup.

Il est dix heures au clocher du village, quand je me pointe le lendemain matin aux portes de la secte. Ce n’est pas grandiose, plutôt le style résidences HLM, si l’on excepte les grandes statues de plâtre coloré représentant les signes du zodiaque et l’effigie du Maître des Lieux.
Et puis, tiens, c’est quoi ce logo noir sur fond blanc et rouge, qui, si on le regarde la tête penchée, ressemble furieusement à une svatiska ?
Souriante, derrière les lourdes grilles qui barrent l’accès du Saint des Saints, je regarde arriver le gardien, un avorton qui doit peser ses cent vingt kilos de bonne barbaque supportés par un squelette frôlant les deux mètres.
— Bonjour ! m’exclamé-je sur un ton de bonne humeur que j’espère contagieuse, je m’appelle Stéphanie Tyller et je suis journaliste au Herald Tribune. Mon patron a pris contact avec le vôtre pour un reportage sur votre église.
Néandertal plisse ses deux centimètres de front, ce qui lui remonte les yeux et lui tire la bouche. Il ne doit y avoir qu’un seul muscle pour le tout. Les autres démarrent en dessous de la tête.

 

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