Montrez-moi vos papiers.
Tiens, il parle !
Voilà, proposé-je, vous avez tout là.
Il ne fait pas semblant de savoir lire et remonte à fond de train
lallée qui mène à une espèce de résidence
doù je vois sur la terrasse déambuler deux ou trois
mecs. Il disparaît à lintérieur et jattends.
Des groupes de fidèles habillés dune tunique style
Mao avec des pantalons flottants, le tout dun joli vert caca, passent
dans les allées. Certains me regardent, mais la plupart mignorent.
Ils sont sérieux et concentrés.
De derrière un petit bois, apparaît une escouade de types
sportifs qui marchent au pas gymnastique en hurlant des chants virils. Eux,
sont en jogging avec casquette de para ornée du même logo tordu,
déjà aperçu. Ils passent devant les grilles sans tourner
la tête.
Je vois arriver, toujours cavalant, le garde Prix Nobel.
Je vais vous ouvrir, Notre Maréchal va vous recevoir.
Maréchal. Ça sent le militaire à plein nez, pensé-je
en suivant mon guide.
Les maisons des adeptes forment des quadrilatères ressemblant
étonnamment à des cantonnements. Dailleurs les fenêtres
étroites et les portes en fer qui les ferment sassimilent plus
à de petits bunkers quà des maisons. Au milieu de chaque
îlot, sur une pelouse, se dresse un mât où flotte un
drapeau rouge et noir frappé du logo.
Plusieurs bâtiments sétagent jusquà
une maison plus importante que jai aperçue de la route. Au-dessus
de la solide porte à double battants flotte loriflamme. Des
hommes en uniforme kaki, matraque à la ceinture, vont et viennent,
apparemment très occupés.
Le garde ouvre une porte et je pénètre dans un hall pavé
de marbre doù monte un escalier en pierre. Cest solide,
sobre et luxueux. Mon cicérone ouvre une porte et, claquant les talons,
annonce dune voix claire : |
Maréchal, nous voilà !
Jentre dans une salle où pourrait mouiller à laise
un porte-avions. À lhorizon, un homme se lève de derrière
un bureau et vient vers moi.
Stéphanie Tyller ? dit-il en me tendant la main.
Elle-même, monsieur, réponds-je en la lui prenant.
Maréchal. On mappelle Maréchal. Mais laissez-moi
vous présenter mes seconds.
Ils sont trois. Deux hommes et une femme, vêtus de luniforme
kaki. Les hommes ont de bonnes têtes de brutes et la femme
la
femme nest pas dici. Elle est très brune avec des cheveux
crépus et un teint bistré. Elle ressemble à une Espagnole.
Commandant Data, il est Croate et spécialisé en
informatique.
Lancien Yougoslave claque les talons en me serrant la main.
Impressionnant.
Commandant OMalley. Il vient dIrlande et est historien.
Et enfin, Philomena, la seule ou presque de nos fidèles née
ici. Elle est notre mémoire.
Lhistorien claque aussi les talons, mais avec moins de vigueur
que le Yougo, et la " mémoire ", incline la tête
vers moi.
Ravie, assuré-je.
Ainsi, vous vous proposez de faire un article sur notre Mouvement,
commence le " maréchal " en sasseyant dans un fauteuil
confortable et en minvitant de la main à limiter.
Les autres restent debout.
Jaimerais, en effet. Mon comité de rédaction
a eu lidée de recenser les différents
mouvements,
qui à laube du troisième millénaire proposent
comment dire
une orientation nouvelle à notre monde.
Vous savez de quoi il sagit ?
À peu près. Votre mouvement, la Secte des Bienheureux
au fait, ne craignez-vous pas que le mot " secte " fasse peur
aux gens ? |