et par voie de conséquence des femmes, mais un Limousin égaré sous le petit collet, fortuné mais sans plus, pour jouir de la fille il lui fallait l’épouser. Pour se marier donc il planta là l’église ; mais aussi pour exercer à plein temps le métier d’homme, ou plutôt ce qui, dans l’esprit byzantin d’un Limousin déguisé, était le métier d’homme. Les lettres, Monsieur. Car on était dans l’époque où la croyance littéraire commençait à évincer l’autre croyance, la grande et vieille, à la reléguer dans son petit moment historique et son petit espace, le règne de Tibère, les oliveraies du Jourdain, et à prétendre que c’était dans son espace à elle, les pages de romans, les bouts-rimés anacréontiques, que daignait apparaître l’universel. Dieu changeait de nid, en quelque sorte. Et François Corentin fut l’un des premiers à s’en aviser, je veux dire qu’il faisait partie des premières générations d’hommes qui s’en avisèrent – oh pas avec l’intellect, pas par ruse ou calcul, mais avec le cœur qui croit ne pas calculer, fût-il dans ses transports plus calculateur que la jugeote illettrée de mille vieux marchands de vin scélérats. Il était, François Corentin, du nombre de ces écrivains qui commençaient à dire, et sûrement à penser,

que l’écrivain servait à quelque chose, qu’il n’était pas ce que jusque-là on avait cru ; qu’il n’était pas cette exquise superfluité à l’usage des Grands, cette frivolité sonnante, galante, épique, à sortir de la manche d’un roi et à produire devant des jeunes filles plus ou moins vêtues dans Saint-Cyr ou dans le Parc aux Cerfs ; pas un castrat ni un jongleur ; pas un bel objet plein d’éclat enchâssé dans la couronne des princes ; pas une maquerelle, pas un chambellan du verbe, pas un commis aux jouissances ; rien de tout cela mais un esprit – un fort conglomérat de sensibilité et de raison à jeter dans la pâte humaine universelle pour la faire lever, un multiplicateur de l’homme, une puissance d’accroissement de l’homme comme les cornues le sont de l’or et les alambics du vin, une puissante machine à augmenter le bonheur des hommes. On appelle ce coup de pouce les écrivains des Lumières, vous l’avez dit, Monsieur. Et réellement ils étaient du côté de la lumière, même et surtout s’ils avaient la pénible certitude d’être une taupe sortant le nez d’une cour de cave : car quels que soient l’illusion ou l’imposture fondatrice, le truquage pour mettre Dieu dans le nid que lui préparaient leurs pages, l’appétit limousin qui les tenait debout, ils furent le sel de la terre à leur façon. À leur façon ils furent ce levain qu’ils voulaient être : parce que l’appétit limousin, ils avaient réussi à le transmuer au fond d’eux-mêmes, comme magiquement, mais très véridiquement, en générosité.
Corentin donc en fut : des Lumières, du sel de la terre, du grand appétit devenu appétit de donner. Et pour quitter l’église, pour étreindre Juliette, il allégua de bonne foi ce qu’on commençait d’appeler laïquement une vocation. La parole en ce monde, et particulièrement la parole écrite, l’écrasait ;

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