cinéma aux étoiles


21 h 30

Le Rendez-vous de juillet
de Jacques Becker

Il eût été impensable de composer un programme sur le thème " Visages de groupes/Groupes de visages " sans un film de Jacques Becker. Le réalisateur, né en 1906, élevé dans la grande bourgeoisie intellectuelle parisienne, rencontre Jean Renoir dès 1924 — lors d’une soirée avec Cézanne — et travaille auprès de lui durant les années trente. En 1942, il réalise son premier film (Dernier atout), mais, à partir de 1943, avec Goupi mains rouges, œuvre austère et violente sur le monde paysan, il va mettre en scène des groupes humains, des communautés : la mode (Falbalas, 1945), la pègre (Touchez pas au grisbi, 1954, premier film noir français), la prison (Le Trou, 1959), des artistes (Montparnasse 19, 1958), la jeunesse d’après-guerre (Rendez-vous de Juillet, 1949). C’est ce dernier film que nous avons choisi de montrer, pour sa proximité avec les œuvres et le ton de la génération de Pascale Ferran et Arnaud Desplechin.

Les personnages, souvent jeunes — couple ouvrier, groupe de camarades autour de Saint-Germain des Prés… — portent les interrogations et les espoirs de leur génération. On retrouvera plus tard dans la Nouvelle Vague, puis chez Eustache et aujourd’hui dans la génération des jeunes cinéastes, cette façon très " française " de lire la réalité sans en proposer une interprétation trop directive.
Ce qui soutient l’ensemble, ce n’est pas le scénario, mais la direction d’acteurs. Elle donne aux personnages une grande vérité cinématographique. Dans Rendez-vous de juillet, cette passion de l’acteur se marque surtout dans la relation scénarisée au théâtre, au spectacle, dans le choix des comédiens. Ces débutants (comme chez Rivette ou Pascale Ferran…) feront une grande carrière. Vous retrouverez ce soir dans leur premier rôle Daniel Gélin, Maurice Ronet, Brigitte Auber, Nicole Courcel… Et cet hier est encore aujourd’hui.

> Christian Thorel.


cycle vidéo


17 h

Georges Bataille
d’André S. Labarthe

Comment évoquer en images une vie vouée à l’expérience des extrêmes, une vie délibérément scandaleuse ? De longs panoramiques tentent de cerner les lieux apparemment paisibles où cette vie s’est déroulée. Avec à deux reprises la matérialisation d’un fantasme : une femme à la bouche outrageusement peinte et ouverte, adossée, nue à un arbre, dans une forêt, ou une autre femme, nue également, recroquevillée au pied d’une bibliothèque envahie par des rats. Jean-Claude Dauphin lit à la fois les commentaires et les extraits des livres, d’une voix uniformément dramatique qui, paradoxalement, rend extraordinairement vivante la propre voix de Georges Bataille, issue d’un disque que l’on voit tourner sans fin sur l’électrophone.

 Une image et un son récurrent, qui rythment le film, et lui apportent quelques notes d’émotion, comme lorsque, dans le dernier interview qu’il a accordé à Madeleine Chapsal et dont on voit quelques photos, figées dans le temps, la voix de Georges Bataille s’arrête, elle aussi, et demande si ce qui vient d’être dit est cohérent, avant d’ajouter : " je suis comme les vieilles dames qui tricotent et qui lâchent une maille… "

> N.Z.

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