— Une manière d’aborder la question de l’image, c’est de prendre pour point de départ les propositions de Wittgenstein : il y a ce qui peut se dire et ce qui ne peut pas se dire ; on ne doit dire que ce qui peut se dire ; ce qui ne peut pas se dire, il ne faut pas le dire ; ce qu’il ne faut pas dire, il faut le montrer.
Selon la doctrine qui s’amorce là, le règne de ce qui se montre commence très exactement où finit le règne de ce qui peut se dire. Cette manière de poser le problème est d’autant plus éclairante que l’on peut parfaitement construire une doctrine qui dira le contraire : le règne de ce qui peut et doit se montrer commence et finit exactement là où commence et finit le règne de ce qui peut et doit se dire.
Je crois très important que Wittgenstein ait commencé d’écrire le Tractatus, ou du moins d’y réfléchir, dans les tranchées. C'est-à-dire en ayant sous les yeux les charniers. En ayant sous les yeux ce mouvement qui reste à jamais opaque, qui conduit des milliers d’hommes à se précipiter vers leur propre mort. Cela a été l’amorce pour lui de cette question : y a-t-il des choses qu’on ne peut structuralement pas dire ? Et il a répondu oui, il y a des choses qu’on ne peut structuralement pas dire. Ce n’est pas une affaire de possibilité ou impossibilité morale, c’est une affaire de possibilité ou impossibilité structurale. Si on ne peut pas les dire, il faut se taire et ce qu’on ne peut que taire, ça doit se montrer.
Alors montrer, ça veut dire quoi ?

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