par Dominique Blanc
Il y a un quart de siècle, Urbain Gibert, instituteur à
Lauraguel, a eu par hasard entre les mains un curieux manuscrit que lui
a transmis son collègue de Nébias. Il sagit dun
cahier factice de quatorze feuillets reliés par un ruban bleu clair.
Il était joint à lacte de vente dune vigne acquise
par une habitante de Peyriac-de-Mer. Son titre : Récit historique
des apparitions qua eues Pierre Pradel, de Peyriac-de-Mer, quil
a dictées au sieur François Salles du même lieu ; qui
les a écrites mot à mot. Urbain Gibert, collaborateur de
la première heure de la revue Folklore dirigée, à
Carcassonne, dans les années soixante-dix, par René Nelli
et Jean Guilaine, publie ce texte dans le numéro 152, paru au cours
de lhiver 1973. Empreint dune religiosité sincère
et naïve, il mérite dêtre entendu dans son étrangeté
:
" Le 8 avril 1822 étant le lundi de Pâques, Jean
Pradel, habitant de Peyriac-de-Mer, dit à son frère Pierre
Pradel : Pierre va-t-en couper avec la faucille un peu de seigle au champ
de Matte Caude au-dessus du grand chemin. Aujourdhui cest une
fête supprimée tout le monde va travailler
tu peux y
aller aussi. Alors Pierre Pradel se détermina dobéir
à son frère, et il fut travailler, quoique avec beaucoup de
peine et de répugnance, au champ sus dit de Matte Caude ; et pendant
quil sciait ou moissonnait du
|
seigle, il vit venir à lui un petit personnage denviron
trois pieds, plus ou moins, dune grande beauté, ayant le visage
petit, habillé tout en jaune, tant des habits que des souliers et
du chapeau même ; et il était tout luisant de ses habillements
comme sils eussent été cirés. Ce personnage ou
ange ayant abordé Pradel, lui dit en langue française :
Que faites-vous là ? Quest-il aujourdhui ? Nest-il
pas aujourdhui une grande fête ? Il ne dépendrait que
de moi de vous faire rester la faux ou la faucille que vous tenez dans vos
mains ? Navez-vous pas honte et vergogne de travailler aujourdhui
? Vous vous rappellerez que la fête daujourdhui qui est
le lundi de Pâques ; ne travaillez plus cette fête, ni le lundi
lendemain de la Pentecôte, ni le jeudi du Corpus ou fête du
Saint Sacrement et autres fêtes ci-devant commandées
Alors Pierre Pradel, tout étonné, resta un petit moment sans
|