René Nelli


est passé Nelli ?

 

 

par Yves Rouquette

Je ne sais trop où est passé René Nelli depuis 1982, mais je suis bien tranquille. Si, montant au ciel mieux que les aviateurs, le Christ est bien – comme il l’a dit – parti là-haut nous préparer des chambres, je suis bien certain que Nelli y a trouvé la sienne. Un hereticus perfectus tel que lui, même inconsolé, n’a pu qu’aller tout droit au paradis des bons esprits. Du reste le lobe très long de son oreille disait assez qu’il avait achevé le cycle de ses réincarnations. Sans blague.
Qu’il soit vivant ne fait pour moi aucune espèce de doute.
Un certain soir, il m’avait dit, soudain grave et ses yeux dans mes yeux, que mort ou vif il serait avec moi, qu’il me protégerait – et depuis lors il tient parole.
Pas une seule fois je ne l’ai appelé à ma rescousse sans que je me sois trouvé gardé du seul vrai mal – qui est le désamour de qui on aime – et de quelques malheurs annexes : ceux qui vous viennent des médiocres, des jaloux et des médisants qui peuplent le monde des lettres et très particulièrement celles d’oc. Et je ne parle pas de sa présence continue, alors que j’écris ou rêve, jardine ou marche dans le dédale des collines, que je prie ou que je suis en proie au mal-être.
Et puis, il y a son œuvre. Elle non plus ne risque rien. C’est celle d’un explorateur, insatiable et juvénile jusqu’à ses derniers souffles, des mondes les plus proches et les plus méconnus : ces univers que de piètres modernistes, vêtus de marxisme et de corde à faire les pendus, méprisaient ou tentaient de ramener à des schémas provisoirement à la mode.
Il n’y avait pas de citoyen du monde (il avait adhéré d’emblée au message de Gary Davis) plus sédentaire que Nelli. Il bougeait peu et son ancrage dans la planète se suffisait d’un pays de dimensions modestes, Corbières, Minervois, Montagne Noire, Toulousie ; d’une

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