Lénigme
des morts
sans
corps
par Jean-Jacques Reboux |
Le petit déjeuner avalé, je me douche, jenfile une
tenue " sport " (jean, blouson de cuir et pataugas) et en route.
Quand je pense que je viens de refuser la proposition de Luc, une semaine
à Saint-Barthélémy, tous frais payés par le
conseil général du département de cocagne où
monsieur fait le chef du protocole, jai le bourdon. Au lieu de ça,
je traque une bande dallumés fascistes qui récitent
du Allah Akhbar dans les Corbières ! Pas malin ma fille !
Cest à ça que je pense en remettant ma clé sur
le comptoir. La petite Caroline raccroche précipitamment son téléphone.
Je lui ai fait peur.
Non, non, continuez, la rassuré-je. À quelle heure
est le dîner ?
Vingt heures
Cétait occupé, précise-t-elle
en souriant.
Tiens, cest bizarre, je jurerais pourtant quelle était
en train de parler ! Et puis déformation professionnelle ?
je le trouve un tantinet crispé, le sourire de la fille de
chambre. Bon. Jai besoin de vacances, moi. Pas le moment de penser
à ça. Facile à dire. Car, à peine passé
le seuil de lhôtel, mes neurones jouent au marabout-de-ficelle.
Allumés de Dieu, moines assassinés, massacre, Saint-Barthélémy...LUC.
Je lai vraiment dans la peau, ce salaud !
Je fais quelques pas dans la rue. Deux chiens font la sieste sous les
tilleuls. Ce village ne devrait pas sappeler Lagrasse, Lagrasse-Matinée
! Il nest que neuf heures du matin, le soleil cogne déjà
comme en plein cagnard, et jai laissé mes lunettes de soleil
dans ma chambre ! Je fais demi-tour. Les lunettes, mais aussi lambre
solaire... Avec ma peau blanche, il ne faut pas que je plaisante.
Tiens, la petite Caroline nest plus à la réception.
La clé de la 21 non plus, dailleurs. Ce nest pas Lagrasse-Matinée
pour la femme de ménage. Je monte au deuxième par lescalier.
Mon côté écolo. La porte de ma chambre est entrouverte.
Je la pousse du pied, jentre. |