chapitre VI


L’énigme
des morts
sans
corps

 

par Jean-Jacques Reboux

Le petit déjeuner avalé, je me douche, j’enfile une tenue " sport " (jean, blouson de cuir et pataugas) et en route. Quand je pense que je viens de refuser la proposition de Luc, une semaine à Saint-Barthélémy, tous frais payés par le conseil général du département de cocagne où monsieur fait le chef du protocole, j’ai le bourdon. Au lieu de ça, je traque une bande d’allumés fascistes qui récitent du Allah Akhbar dans les Corbières ! Pas malin ma fille ! C’est à ça que je pense en remettant ma clé sur le comptoir. La petite Caroline raccroche précipitamment son téléphone. Je lui ai fait peur.
— Non, non, continuez, la rassuré-je. À quelle heure est le dîner ?
— Vingt heures… C’était occupé, précise-t-elle en souriant.
Tiens, c’est bizarre, je jurerais pourtant qu’elle était en train de parler ! Et puis – déformation professionnelle ? – je le trouve un tantinet crispé, le sourire de la fille de chambre. Bon. J’ai besoin de vacances, moi. Pas le moment de penser à ça. Facile à dire. Car, à peine passé le seuil de l’hôtel, mes neurones jouent au marabout-de-ficelle. Allumés de Dieu, moines assassinés, massacre, Saint-Barthélémy...LUC. Je l’ai vraiment dans la peau, ce salaud !
Je fais quelques pas dans la rue. Deux chiens font la sieste sous les tilleuls. Ce village ne devrait pas s’appeler Lagrasse, Lagrasse-Matinée ! Il n’est que neuf heures du matin, le soleil cogne déjà comme en plein cagnard, et j’ai laissé mes lunettes de soleil dans ma chambre ! Je fais demi-tour. Les lunettes, mais aussi l’ambre solaire... Avec ma peau blanche, il ne faut pas que je plaisante.
Tiens, la petite Caroline n’est plus à la réception. La clé de la 21 non plus, d’ailleurs. Ce n’est pas Lagrasse-Matinée pour la femme de ménage. Je monte au deuxième par l’escalier. Mon côté écolo. La porte de ma chambre est entrouverte. Je la pousse du pied, j’entre.

 

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