cinéma aux étoiles
21 h 30
 cycle vidéo
11 h
15 h

17 h

Masculin Féminin
de Jean-Luc Godard

Au cours d’une séquence du film, Paul/Jean-Pierre Léaud déclare soudain dans un souffle : " Je ne sais pas pourquoi je me marre parce que je suis vachement triste. " Cette phrase est ici à prendre au sérieux : le rire, l’euphorie partagée avec l’ami, la curiosité ouverte sur le monde et les autres n’effacent en rien la tentation du repli ni la conscience de la solitude.
Après les couleurs, le scope et l’été de Pierrot le Fou qui avaient séduit le public, Godard enchaînait par un film en noir et blanc, austère et hivernal : un essai sur cinq ou six jeunes gens et jeunes filles de la petite bourgeoisie. Le film allait être interdit aux moins de dix-huit ans puisque Madeleine/Chantal Goya, enceinte de Paul, parlait sans ambages d’avortement.
Pas d’apprêt pour ce film-enquête : interviews presque directes des interprètes-personnages, lumière uniforme et plate pour des intérieurs quelconques (cafés, laveries, salle de jeux…), extérieurs-nuit aux sources d’éclairage réduites à des trouées obscures. Le film recrée ce mois électoral de décembre 1965 comme une époque définitivement grise. C’est que la lucidité répugne aux fioritures. En revanche, elle n’exclut pas la cruauté. Seulement Godard partage cette dernière inégalement entre les garçons et les filles : les premiers sont de gauche et dénoncent la guerre du Viet-Nam, les secondes ont les yeux rivés sur le rêve américain et les vedettes de la chanson. Avant l’interview de Mademoiselle Âge Tendre 1965, un carton nous avertit : " Dialogue avec un produit de consommation ".
Cela n’empêche pas Godard d’être équitable quand il s’attache à fixer, souvent avec une précision bouleversante, la sincérité sans protection de filles et de garçons à peine sortis de l’adolescence. Peut-être parce que le cinéaste parvient à ne rien projeter sur cette génération : " Je suis un enfant de la décolonisation. Je n’ai plus aucun rapport avec mes aînés qui sont les enfants de la Libération, ni avec mes cadets qui sont les enfants de Marx et de Coca-Cola ".
En définitive, Masculin Féminin est tout le contraire d’un film terne et froid. Il est déchiré et flamboyant, nourri comme Pierrot le Fou de la nécessité d’avancer malgré la solitude.

> Francis Desbarats

Armand Gatti un film
de Stéphane Gatti
et Michel Séonnet

La volonté de l’envol, de ce qui peut faire l’homme plus que l’homme : le désir d’être debout, tendu vers le ciel, avec les mots pour instruments de cette recherche, est au cœur de ce parcours aux côtés d’Armand Gatti : l’enfance pauvre où " les mots verticaux " du père remplaçaient parfois un repas absent ; le maquis en Corrèze, planqué avec trois autres compagnons dans un trou qui est " lieu de naissance " ; le camp – et la première pièce de théâtre entendue, jouée par des détenus, dont le seul texte disait " je suis, j’étais, je serai ", et qui lui fit comprendre que le théâtre était quelque chose qui " faisait l’homme plus grand que l’homme " ; le journalisme ; le théâtre ; le travail avec les exclus. Il serait vain de vouloir raconter ici la richesse des parcours et des commentaires inspirés de celui qui, depuis sa rencontre au Guatemala avec l’Indien Felipe tente d’être " un passeur des paroles de l’homme ". Gatti, que de Gaulle avait traité de " poète surchauffé " pour intimer à Malraux de supprimer de l’affiche du TNP La Passion du général Franco, dit haut et clair à quel camp il s’affilie : celui de son père, le balayeur anarchiste, " le militant, le combattant, l’homme vaincu ", celui des " vaincus en révolte jusqu’à la fin des temps ". Ceux-là, dit-il, rappelant les paroles de l’Évangéliste – " au commencement était le verbe, et le verbe était Dieu " – " nous les invitons tous à être Dieu, et nous pesons nos mots. C’est-à-dire que le langage doit être totalement et complètement un absolu. "
Et puis, comme une conclusion à rejouer " jusqu’à la fin des temps ", l’image de ces arbres tendus vers le ciel et, parmi eux, Gatti racontant – métaphore émouvante et forte – l’histoire de la folie de l’anarchiste italien Cafiero qui, nu, tentait de s’envoler vers le soleil.

> J.-C. Z

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