ma été suggérée par des gens qui avaient
vu Le Pays des sourds. Il y a une espèce de cohérence
entre le fait de tourner le film et les rencontres avec le public.
À lavant-dernière séquence de La
Moindre des choses, vous demandez à Michel, un des pensionnaires
de La Borde, ce quil a pensé de la représentation théâtrale
donnée par et dans linstitution, à laquelle il a participé.
Il pointe alors son doigt vers la caméra : " cest vous
qui mavez rendu malade, la société !", puis nous
invite à nous méfier des docteurs mais rajoute que cest
aussi la société qui le soigne, ce qui est sa manière
de rendre hommage à La Borde. Ce quil dit là nous semble
faire écho aux théories des thérapeutes qui travaillent
à La Borde, par exemple à telle déclaration de Félix
Guattari quand il reproche à la psychanalyse classique de trop sattacher
au roman familial, à la triangulation de ldipe et dignorer
les " agencements " liés aux multiples aspects de la
pression sociale. Aviez-vous posé à Michel une question qui
allait dans ce sens ?
Pas de question là-dessus ! Il a pointé son doigt
vers la caméra pratiquement dès que nous avons été
en situation de tourner à ce moment-là et il nous a dit ça.
Simplement, Michel sait le travail qui se fait à La Borde. Il y était
du reste depuis vingt cinq ans et les pensionnaires connaissent le fonctionnement
dautres institutions psychiatriques, et jusquoù peuvent
aller les différences avec La Borde.
Comment avez-vous envisagé la construction de la fin
du film : la représentation théâtrale, puis la séquence
avec Michel, enfin les plans du parc, avec les silhouettes qui déambulent,
comme au début du film ?
Je ne voulais pas finir sur la représentation théâtrale
: le chemin est plus important que le résultat. Cest pour cela
quil y |
a la séquence avec Michel. Mais je ne voulais pas finir là-dessus
non plus. Cela aurait donné trop de poids à ces paroles, cela
en aurait fait le message du film. Je souhaitais avec les derniers plans
de déambulation, revenir sur la souffrance et quitter le film en
douceur.
Cette séquence apaise le deuil de la représentation.
Oui. Cette question se pose pour le film, de même quelle
se pose à La Borde pour la représentation théâtrale.
Un soignant ma expliqué combien ce travail de deuil était
nécessaire. Une année, ils ont refait du théâtre
sitôt après le 15 août, date du spectacle annuel. Cela
na pas marché. Les pensionnaires ont eu le sentiment quon
voulait les gaver.
Dans un de vos entretiens, vous expliquez que, pour vous,
il ny a pas de véritable opposition entre fiction et documentaire,
mais entre les " cinéastes qui croient à la rencontre
avec lautre, et ceux qui ny croient pas ". Pourriez-vous
préciser cette opposition ?
Il y a des cinéastes, ou plutôt des films qui prennent
des spectateurs en otage, et ceux qui leur laissent la liberté dappréhender
les choses et cette ligne de séparation traverse aussi les films
documentaires.
Propos recueillis par Francis Desbarats et Christian Thorel, lundi 11
août 1997, Lagrasse.
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