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Nom propre
Quest-ce que le crime ? Quest-ce que la vertu ? La philosophie
répond le plus souvent de manière prédicative : elle
énumère les prédicats qui qualifient et définissent
le terme sujet. Bref, elle fait du crime et de la vertu des noms communs.
Or, un trouble saisit ici le discours.
Car, le crime et la vertu, sils sont réels, sont aussi ce qui
défait le dispositif de la prédication. Lhorreur ou
ladmiration quils soulèvent, il nest, dit le peuple,
pas de mots pour les dire : entendons quil nest pas de prédicats
qualificatifs suffisants. Alors, le nom de crime cesse dêtre
un nom commun, pour devenir un nom propre : celui dun lieu, dune
victime, dun bourreau. Alors, le nom de vertu devient le nom propre
dun combattant.
Cest le moment de la dénonciation et de la proclamation.
Ne pas céder sur le nom propre, cest la grandeur de lhistoire,
quand elle est digne delle-même. Elle fonde là une éthique
de la preuve, car le nom propre ne se démontre pas, il se prouve.
Ne pas céder sur le mot propre, étendre à tout mot
les règles de justesse du nom propre, cest la grandeur des
écrivains.
Mais la philosophie ne dénonce ni ne proclame. Tantôt elle
maintient, ferme comme le roc, le primat du nom commun, tantôt elle
aménage, en excès de la prédication, un lieu singulier
où crime, vertu et sujet réel sont nommables : platonisme
et kantisme. Mais se reconnaît-elle elle-même dans cette grandeur
?
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en couverture : Atlas Novus, Jean-Baptiste Homann, 1737. |
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