Numéro 30



à l'affiche :
Du rfifi chez les hommes
Orgue, ou forêt de mémoire
La caméra aux champs :
Masculin Féminin de Jean-Luc Godard
Armand Gatti un film de Stéphane Gatti

Rebondir :
Cagnat
Brèves
La Moindre des Choses
Interview de Christian Jambet
L'aude des lettres :
Où est passé Nelli ?
 

Crimes et vertus en Corbières
L'ange dans la vigne
Cadavres exquis :
L'énigme des morts sans corps
Un été des étals :
La pintade
Garrigue :
Les animaux venimeux des Corbières
Inédits :
La fuite au-delà
La route des vins :
De Lézignan-Corbières aux châteaux du pays cathare
Pratique :
Renseignements pratiques


 

Nom propre

Qu’est-ce que le crime ? Qu’est-ce que la vertu ? La philosophie répond le plus souvent de manière prédicative : elle énumère les prédicats qui qualifient et définissent le terme sujet. Bref, elle fait du crime et de la vertu des noms communs. Or, un trouble saisit ici le discours.
Car, le crime et la vertu, s’ils sont réels, sont aussi ce qui défait le dispositif de la prédication. L’horreur ou l’admiration qu’ils soulèvent, il n’est, dit le peuple, pas de mots pour les dire : entendons qu’il n’est pas de prédicats qualificatifs suffisants. Alors, le nom de crime cesse d’être un nom commun, pour devenir un nom propre : celui d’un lieu, d’une victime, d’un bourreau. Alors, le nom de vertu devient le nom propre d’un combattant.
C’est le moment de la dénonciation et de la proclamation.
Ne pas céder sur le nom propre, c’est la grandeur de l’histoire, quand elle est digne d’elle-même. Elle fonde là une éthique de la preuve, car le nom propre ne se démontre pas, il se prouve. Ne pas céder sur le mot propre, étendre à tout mot les règles de justesse du nom propre, c’est la grandeur des écrivains.
Mais la philosophie ne dénonce ni ne proclame. Tantôt elle maintient, ferme comme le roc, le primat du nom commun, tantôt elle aménage, en excès de la prédication, un lieu singulier où crime, vertu et sujet réel sont nommables : platonisme et kantisme. Mais se reconnaît-elle elle-même dans cette grandeur ?

en couverture : Atlas Novus, Jean-Baptiste Homann, 1737.

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