par Natacha Michel |
Une femme a perdu son fils et fuit. Elle est ici dans un jardin,
à La Nouvelle-Orléans.
Comment osait-elle prononcer le mot dagonie alors quil ny
en avait pas eu pour lui ? Que la seule chose dont elle pût se féliciter
était que la hâte de la mort la lui avait épargnée.
Mort hâtive et sans façons des cataclysmes. Lhorreur
de cette cueillette sanglante, " ce que tout mon être se formant
en berceau avait pour vocation dempêcher ! ", sintroduisait
en elle de sa pointe effilée, la fouaillait, lévidait
jusquau cerveau. Le partage entre les vivants et ceux qui ne le sont
plus était, en cet instant, pour lenfant la mort, pour la mère
lagonie. Et Suzanne avait nommé cela " première
nuit dune liberté " ? Elle était dans la banalité
de la lumière nocturne, dans son récitatif, son bourdon, le
ciel campait à la romaine, cétait la première
nuit quelle passait sans médicaments et elle ne la passait
pas.
Qui a jamais parlé de belle étoile ? Dormir dehors présente
tous les inconvénients du sommeil et tous ceux de la nature. Suzanne
atteignit le jour comme le naufragé lîle déserte.
Elle le vit se lever privé de tout ce quun Robinson volontaire
ou involontaire aurait lui-même perdu à son réveil.
Elle était sans maison, sans toilettes, sans baignoire, sans café,
sans aucun de ces petits deus ex machina indispensables qui sauvent
miraculeusement de la saleté, du brouillard mental, de la crainte
dêtre surprise accroupie et qui laissent à la vraie tragédie
la possibilité dun développement pur. Elle avait sommeillé
par soubresauts, avait été piquée par les bestioles,
par les moustiques,
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