petits formats


mardi 12 août

Parution du n° 30 de Corbières matin.
9 h > sortie pédestre.
Le plateau de Lacamp.
11 h > cycle vidéo Un siècle d’écrivains
" Armand Gatti " (ainsi qu’à 15h et 17h).
11 h > atelier de philosophie pour les enfants.
15 h 30 > atelier de philosophie pour les adultes.
17 h > les rencontres de l’abbaye, au petit cloître
" Vertu, tu n’es qu’un mot !" par M-C. Galpérine.
18 h > les rencontres de l’abbaye, au petit cloître
" Du rififi chez les hommes ",
par Marie-Claire Galpérine.
19 h > le rendez-vous des orgues, à l’église.
21 h 30 > cinéma aux étoiles
Masculin-Féminin de Jean-Luc Godard.
Puis, Le Rendez-vous de juillet, de Jacques Becker, annulé hier à cause de la pluie.
21 h 30 > colloque " Crimes et vertus " (suite)
dans la cour de la cave coopérative
Avec Christian Jambet, Guy Lardeau et
Jean-Claude Milner.

 

Orgue,
ou forêt de mémoire

A l’occasion du cycle de présentation organisé chaque soir à l’église Saint-Michel par Les amis de l’orgue de Lagrasse, nous avons demandé aux écrivains de passage au Banquet une improvisation libre sur l’instrument.

Aucun musicien ne disparaît derrière son instrument comme l’organiste. En cela réside une fraternité possible avec l’écrivain, du moins celui, s’il en est encore, qui délègue à son écriture le soin d’être loin en avant de lui. Mais souvent l’orgue excède le livre. Certains soirs de mon adolescence, à Lyon, je me glissais dans la chapelle d’un collège à l’heure où le titulaire ne jouait que pour lui seul. Interrogation sacrilège : quel livre m’aurait donné la certitude, que j’avais alors, d’entendre sourdre des pierres une réalité sans autre lieu qu’elle-même,

soudain patiemment entendue, révélée, inventée, rotondité interrompue d’éclats qu’elle réintégrait aussitôt, sphère encore perceptible à la pointe des jeux de trompette, loin des doigts invisibles ? Bach, Fantaisie et fugue, ou bien le feu glacé des toccatas de Buxtehude, ou de Frescobaldi les fleurs musicales, autant d’éclosions déjà plénières, et le velours acide du jeu de cromorne, et dans la mémoire, autant que les sonorités diaprées, comme à contre-jour d’une rosace, la danse des noms où s’accouplent l’artiste, l’artisan : faux registre, table, tamis, vergettes, porte-vent, souffle où la magie digitale se fond dans l’espoir pneumatique. Pour cela quels mots (comment dire ?), et pour l’air, pour la totalité du passage, du clavier jusqu’à la barrière de tuyaux, la forêt du mitan de la vie, la barrière dantesque ? Et dans la nef de Saint-Séverin, ce jour de marche aveugle et de restaurants grecs, la Messe de Couperin réinventée par Chapuis ; au bord du Quartier latin un écho de Vézelay dès la porte poussée, grinçante, hasard au fil de la déambulation, puis une voix chuchote : " Tu sais c’est Michel Chapuis qui répète. " Invisible encore, le petit homme au pull étroit, aux lunettes et aux yeux couleur de glaucome, dont on dit qu’il pose chaque été des rails sur des lignes menacées, lors de chantiers utopiques, avant de revenir à cette intégrale de Bach patiemment distillée, ascèse, mais fruitée, d’un parcours des orgues à travers villes et pays, chaque œuvre enregistrée sur l’instrument qui s’y accorde le mieux. Fulgurance des Préludes dans les églises du Nord, tranchant des Fugues dans la splendeur de Saint-Maximin, sous la voûte qui tremble et s’effrite, partout le silence intimement pénétré. Masse irradiante et qui diffuse, jamais privée de centre, jamais s’en éloignant, toujours fidèle au noyau de vide qui n’est pas musique mais la suppose, mais l’engendre. Parti pris de l’orgue : une forêt de mémoire, et pourquoi.

> Bernard Simeone

Chaque soir à 19 heures, visite commentée de l’exposition sur la restauration de l’orgue de Lagrasse, visite de l’instrument par Jean-Hugues Guillot.


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