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petits formats
mardi 12 août Parution du n° 30 de Corbières matin.
A loccasion du cycle de présentation organisé chaque soir à léglise Saint-Michel par Les amis de lorgue de Lagrasse, nous avons demandé aux écrivains de passage au Banquet une improvisation libre sur linstrument.
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soudain patiemment entendue, révélée, inventée,
rotondité interrompue déclats quelle réintégrait
aussitôt, sphère encore perceptible à la pointe des
jeux de trompette, loin des doigts invisibles ? Bach, Fantaisie et fugue,
ou bien le feu glacé des toccatas de Buxtehude, ou de Frescobaldi
les fleurs musicales, autant déclosions déjà
plénières, et le velours acide du jeu de cromorne, et dans
la mémoire, autant que les sonorités diaprées, comme
à contre-jour dune rosace, la danse des noms où saccouplent
lartiste, lartisan : faux registre, table, tamis, vergettes,
porte-vent, souffle où la magie digitale se fond dans lespoir
pneumatique. Pour cela quels mots (comment dire ?), et pour lair,
pour la totalité du passage, du clavier jusquà la barrière
de tuyaux, la forêt du mitan de la vie, la barrière dantesque
? Et dans la nef de Saint-Séverin, ce jour de marche aveugle et de
restaurants grecs, la Messe de Couperin réinventée par Chapuis
; au bord du Quartier latin un écho de Vézelay dès
la porte poussée, grinçante, hasard au fil de la déambulation,
puis une voix chuchote : " Tu sais cest Michel Chapuis qui répète.
" Invisible encore, le petit homme au pull étroit, aux lunettes
et aux yeux couleur de glaucome, dont on dit quil pose chaque été
des rails sur des lignes menacées, lors de chantiers utopiques, avant
de revenir à cette intégrale de Bach patiemment distillée,
ascèse, mais fruitée, dun parcours des orgues à
travers villes et pays, chaque uvre enregistrée sur linstrument
qui sy accorde le mieux. Fulgurance des Préludes dans les églises
du Nord, tranchant des Fugues dans la splendeur de Saint-Maximin, sous la
voûte qui tremble et seffrite, partout le silence intimement
pénétré. Masse irradiante et qui diffuse, jamais privée
de centre, jamais sen éloignant, toujours fidèle au
noyau de vide qui nest pas musique mais la suppose, mais lengendre.
Parti pris de lorgue : une forêt de mémoire, et pourquoi.
Chaque soir à 19 heures, visite commentée de lexposition sur la restauration de lorgue de Lagrasse, visite de linstrument par Jean-Hugues Guillot. |