Jean Lebrau


La
cruelle
légèreté
des
heures

 

par Jacques Réda

Il y a cinquante-sept ans (le 19 août 1940), Jean Paulhan, alors à Villalier, près de Carcassonne, écrivant à Henri Pourrat, note : " Je vois parfois Jean Lebrau. Très sympathique, avec sa sécheresse de caillou, et cette sorte de feu... Je lui demande des poèmes. Mais quand la nrf ? "
Autre lettre, huit jours plus tard, à Jean Lebrau lui-même. Paulhan y expose divers projets, diverses nécessités qui lui font souhaiter de se rendre à Paris de toute urgence, et de disposer si possible d’un laissez-passer permanent. Il est à Ambert en septembre. C’est déjà ça. Puis, début octobre, de retour à Chatenay. On peut supposer que Lebrau, " fonctionnaire à la préfecture de l’Aude ", a joué le rôle qu’on attendait. Paulhan l’avait peut-être lu dans les Cahiers du Sud ou d’autres revues. Leur rencontre avait sans doute eu lieu par l’intermédiaire de Joë Bousquet. Paulhan devait tenir parole : les premières pages de Lebrau parurent dans le n° 22 de la " nouvelle " nrf, en octobre 1954. Mais un premier recueil de ses poèmes, Impasse du romarin, avait déjà pris place dans la collection " Métamorphoses " en mars 1953. Par la suite, et jusqu’en décembre 1979, Lebrau resta un collaborateur assez régulier de la revue, où sa signature apparaît une bonne cinquantaine de fois. Plus de la moitié de ces textes (la plupart des autres sont des notes de lecture) relèvent du genre de la chronique à sujet non obligatoirement littéraire, qu’affectionnait Paulhan. À juste titre. Quand on les relit, on s’aperçoit que la vraie littérature est souvent beaucoup plus présente dans ces modestes " airs du mois " que dans bien des morceaux brillants des sommaires. (J’aurais aimé faire une revue uniquement de ce ton-là. Mais les écrivains se montrent en général d’une gravité indéfectible, comme si la gravité n’était pas aussi dans la pluie et le beau temps, la cruelle légèreté des heures.)
De quoi parlait Lebrau ? Du beau temps, de la pluie, des gens et des heures de son village. Un village des environs.

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