Marie-Claire Galpérine commente La République de
Platon
Avant-hier, peu après vingt-et-une heures, la pluie sétait
arrêtée pour laisser la parole à la philosophie et nous
avions entendu les mots du vieux Platon, celui des Lois ; hier, en
fin daprès-midi, le soleil brillait de nouveau pour entendre
parler dun Platon plus jeune, celui de La République.
Plus précisément, il sagissait de voir comment distinguer
le meilleur du pire dès lors que le juste ne lemportait pas
sur linjuste (livres I et II) ou que les vertus, fussent-elles cardinales,
nétaient en aucun cas lapanage de lhomme bon (livre
IV). Dailleurs, Socrate navait trop su que répondre ni
à Thrasymaque (à la fin du livre i) ni aux deux jeunes frères
de lauteur (au début du livre II), lorsquils avaient
développé, avec une logique impitoyable, léloge
de linjustice. Si le génie pouvait nêtre que le
maître des apparences, le simple roi de la caverne, que restait-il
au philosophe-roi ?
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Sur quoi fonder la justice quand la vertu nest quune technè,
un simple savoir-faire pratique qui tire sa seule bonté de la détermination
et de la réussite de lopération ? Le bon pilote peut
vouloir guider son navire au naufrage et le médecin compétent
a plus que tout autre les compétences nécessaires pour assassiner
son patient. Le grand criminel ne se distinguerait-il donc pas du véritable
homme de bien ?
Linsoutenable attente ne cessa quau milieu du livre v quand
lidée vint
au détour dune rencontre de Kant
avec Platon. Nous pouvions nous laisser guider par un au-delà de
la nature. Laptitude à sélever jusquà
lidée faisant enfin la différence cherchée, nous
devenions capables de regarder ce qui doit être et ne sera jamais. |
Voilà quelle était la réponse, la seule, à
tous les chantres de lefficacité et à tous les adeptes
de la pure technè. Avec en prime, la vraie beauté,
celle dun éclair dans la nuit de lhistoire. Que nous
le voulions ou non à suivre linterprétation de
Marie-Claire Galpérine , si nous entendions fonder une posture
morale, il fallait définitivement faire la part de lidée
et de la représentation, délaisser les apories de lexpérience
(et de lhistoire ?), bref, être platonicien. Pour ma part, jéprouve
quelque difficulté à être ainsi platonicien ; ou peut-être
le suis-je sans le savoir ?
> J.-L. Fournel.
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