chapitre VII


 

par Dominique Manotti

Elle s’assied tranquillement, sur le banc, à côté du camé envapé, pose sa perruque sur ses genoux, pousse du pied la jambe d’un des deux débiles qui la gêne, pose son fusil sur le sol à côté du banc, s’étire, me montre la vallée :
— Superbe coup d’œil, n’est-ce pas ?
Cette femme est d’un calme impressionnant, inquiétant même. C’est vrai d’ailleurs que la vue est belle, je n’y avais pas pris garde, pour tout dire. Je regarde un moment les couleurs de la vallée, le calcaire gris, les vignes géométriques et clairsemées, quelques rares oliviers gris et verts, les cyprès et les arbres foncés, la masse de l’abbaye, à côté du village, dans les tons jaunes. La chaleur commence à vibrer dans la lumière bleu tonique. Mais où je vais, comme ça ? Je suis en compagnie d’une mystérieuse tueuse, colonelle dans une secte certainement fascisante et peut-être islamiste, à côté d’un drogué à la limite de l’overdose, et des cadavres de deux sicaires. Stéphanie, il est temps de faire quelque chose.
D’abord, m’asseoir, j’ai les jambes qui tremblent, sur une aile de la bagnole désossée. Je la dévisage. Les cheveux noirs, crépus, les yeux noirs immenses qui mangent tout le visage, le teint bistre, tout cela évoque quelque chose pour moi, mais quoi ?
— Alors, décidément, vous ne me reconnaissez pas ? Et si je vous dis Philomena à Szeged… ?
Bien sûr, la femme entr’aperçue à la fenêtre de la voiture, dans la nuit. Ça ne contribue guère à clarifier la situation.
— En somme, c’est la deuxième fois que je vous sauve la vie. Enlevez donc votre perruque de rousse flamboyante, qui ne trompe personne, vous aurez moins chaud.
Je m’exécute, j’arrache ma perruque, et la flanque dans mon sac à dos. À peu près aussi utile que mon arme de service. C’est vrai que je me sens mieux.
— J’attendais votre venue depuis un bon moment.
Elle saute sur ses pieds. Maintenant, un peu d’énergie. Il ne faut pas nous endormir ici.

 

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