
par Dominique Manotti |
Elle sassied tranquillement, sur le banc, à côté
du camé envapé, pose sa perruque sur ses genoux, pousse du
pied la jambe dun des deux débiles qui la gêne, pose
son fusil sur le sol à côté du banc, sétire,
me montre la vallée :
Superbe coup dil, nest-ce pas ?
Cette femme est dun calme impressionnant, inquiétant même.
Cest vrai dailleurs que la vue est belle, je ny avais
pas pris garde, pour tout dire. Je regarde un moment les couleurs de la
vallée, le calcaire gris, les vignes géométriques et
clairsemées, quelques rares oliviers gris et verts, les cyprès
et les arbres foncés, la masse de labbaye, à côté
du village, dans les tons jaunes. La chaleur commence à vibrer dans
la lumière bleu tonique. Mais où je vais, comme ça
? Je suis en compagnie dune mystérieuse tueuse, colonelle dans
une secte certainement fascisante et peut-être islamiste, à
côté dun drogué à la limite de loverdose,
et des cadavres de deux sicaires. Stéphanie, il est temps de faire
quelque chose.
Dabord, masseoir, jai les jambes qui tremblent, sur une
aile de la bagnole désossée. Je la dévisage. Les cheveux
noirs, crépus, les yeux noirs immenses qui mangent tout le visage,
le teint bistre, tout cela évoque quelque chose pour moi, mais quoi
?
Alors, décidément, vous ne me reconnaissez pas
? Et si je vous dis Philomena à Szeged
?
Bien sûr, la femme entraperçue à la fenêtre
de la voiture, dans la nuit. Ça ne contribue guère à
clarifier la situation.
En somme, cest la deuxième fois que je vous sauve
la vie. Enlevez donc votre perruque de rousse flamboyante, qui ne trompe
personne, vous aurez moins chaud.
Je mexécute, jarrache ma perruque, et la flanque
dans mon sac à dos. À peu près aussi utile que mon
arme de service. Cest vrai que je me sens mieux.
Jattendais votre venue depuis un bon moment.
Elle saute sur ses pieds. Maintenant, un peu dénergie.
Il ne faut pas nous endormir ici. |