Corps à cur
de Paul Vecchiali
Lui est garagiste. Elle est pharmacienne. Rien ne les unirait si la
danse damour et de mort ne les emportait dans la tourmente dune
passion inextinguible. On oserait presque dire éternelle si les chairs
nétaient corruptibles. Lui, fou au sens propre un instant
dune âme et dun corps quelle voudrait plus
libres. Elle, dune maturité à fleur de peau, dune
lucidité verticale, propres à apaiser les excès résiduels
dune virilité parfois puérile. Voilà pour les
visages. La liaison, sublime, sensuelle, saccompagnera de la déliaison
du groupe. Ce dernier est présent dès le premier plan : sous
la nef de léglise, il assiste au concert du Requiem de Fauré.
Désormais lié aux mouvements de la messe des morts qui accompagne
le récit, le chur antique scande le drame qui se joue, le commente.
La communauté de la " ruelle " (au Kremlin-Bicêtre)
sagite aussi pour survivre à des passions qui abîment.
Corps à cur joue jusquau bout cet aller-retour
entre un couple impossible et un groupe aussi improbable quune fourmilière
éboulée, figé peut-être dans limpasse où
il réside.
Paul Vecchiali, critique (La Revue du cinéma), cinéaste,
producteur (il le fut de Biette, de Guiguet, de Cavagnac), animateur dun
groupe de cinéastes, de techniciens et dacteurs, a toujours
gardé la nostalgie dun cinéma " populaire ",
humaniste, tel que le pratiquaient les réalisateurs des années
trente. Il a ainsi toujours vu Jean Grémillon comme un modèle.
Il na aussi jamais caché son goût pour le mélodrame.
Ces influences lont amené dans les années soixante-dix
et quatre-vingt à composer des portraits de femmes où le naturel
le dispute au pathos : ainsi de Femmes, femmes (1976), de Rosa
la Rose, fille publique (1982), ou de lImpure (dramatique
TV daprès Guy des Cars
).
Concert de sentimentalité et de sensualité, Corps à
cur nhésite pas à meurtrir le plus banal matérialisme
dans la mâchoire du destin. La vertu ici nengendre pas le crime
mais ne peut que céder au baiser irrésistible de la mort.
À vos mouchoirs !
> Christian Thorel
Corps à cur, 1979, film de Paul Vecchiali
avec Hélène Surgère et Nicolas Silberg.
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Emmanuel Bove
de René Duhamel
" Je nai rien demandé à lexistence dextraordinaire.
Je nai demandé quune seule chose
Cest une
place parmi les hommes, une place à moi
"
Cette place quil revendique dans Les mémoires dun
homme singulier, Emmanuel Bove ne laura pas obtenue de son vivant.
Et le film que lui consacre Hervé Duhamel raconte simplement la vie
dun écrivain modeste, mort à 47 ans en 1945, auteur
dune trentaine de livres, éparpillés entre plusieurs
éditeurs sans quaucun document sonore ou filmé ne lui
ait été consacré de son vivant. Avec quelques photos,
des vues des toits de Paris quEmmanuel Bove aurait pu apercevoir de
sa chambre, des interviews de sa fille, des gens qui lont connu et
à qui il a laissé le souvenir dun homme gris et effacé,
celui de son biographe, mort lui-même quelques mois avant de terminer
sa recherche, on suit le parcours discret et laborieux dun homme sans
histoire. Mais on entend les phrases courtes, les mots justes avec lesquels
Emmanuel Bove raconte les tentatives irrémédiablement vouées
à léchec de ses personnages pour échapper à
leur manque dimagination et à la mesquinerie de leur destin.
Et on a envie de se plonger séance tenante dans lun de ces
livres, que Colette, Rilke, Max Jacob ou Guitry ont aimé.
> N.Z.
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