Numéro 31



à l'affiche :
Traduire Dostoïevski
L'accro des orgues
Prolongement du colloque de philosophie
Nestor Makhno, paysan d'Ukraine

La caméra aux champs :
Corps à coeur
Emmanuel Bove

Rebondir :
Cagnat
Le crime était presque parfait
Brèves
Interview de Benny Lévy
L'aude des lettres :
La cruelle légèreté des heures
 

Crimes et vertus en Corbières
Du vin pour les morts
Cadavres exquis :
L'énigme des morts sans corps
Un été des étals :
La reinette du Canada
Garrigue :
Les plantes vénéneuses des Corbières
Inédits :
Le sang
La route des vins :
De Gruissan à Leucate
Pratique :
Renseignements pratiques


 


Les mots criminels

Plaidons l’innocence du thème. D’autres, tant d’autres, ont traité, à propos de l’auteur de L’Idiot, de Dieu, du Diable et de l’Homme qu’il nous paraît important de s’en tenir à l’écrivain. À partir du sens des mots, de la façon dont il maltraite la syntaxe, plutôt que des concepts.
" Un traducteur n’est pas un spécialiste de l’auteur, c’est quelqu’un qui dit les mots de l’auteur ", tient à dire André Markowicz (qui finira pour l’an 2000 la traduction intégrale des romans et nouvelles). C’est donc dans la langue qu’il faut chercher le sens de l’écriture.
En russe, par exemple, prestouplenié (crime) signifie littéralement " franchissement d’une limite, transgression ".
" Qu’avez-vous fait ? Qu’avez-vous fait-là de vous-même ? " s’écrie Sonia devant l’aveu de Raskolnikov. A-t-il commis un acte crapuleux pour s’emparer du magot de la vieille ou le crime altruiste d’un " homme nouveau " bienfaiteur de l’humanité ?… En attentant à la vie, en tout cas, il s’est séparé de lui-même et du monde.
Une autre forme de raskol (scission-schisme) choisie librement en sachant bien que la liberté de l’être, pour Dostoîevski, postule la possibilité du Mal.

en couverture : Portrait de Fédor Dostoïevski,
de Vassili Perov, 1872.

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