Onze inédits pour le Banquet


par Emmanuel Darley

Trois aveugles sur une route, guidés par un enfant aux
jambes longues.
Trois aveugles égarés, le long d’une voie ferrée.
Début d’été, longues journées, grosses chaleurs.

Bonne pluie, disait-il, avec des raclements de gorge.
Faisait longtemps, disait-il, frottant ses pieds sur le sol.
Nous étions à l’abri, avec l’odeur du bois coupé et de la sciure, avec l’odeur de la paille et des animaux qui piétinent. Les craquements des murs et de la charpente au-dessus. Nous entendions les gouttes sur le toit, nous entendions l’averse au-dehors, sur la terre et dans les flaques, nous entendions les arbres et le bruissement des feuilles.
Je sentais le vieux devant moi, à travers ma main sur son épaule, je le sentais tâtonnant, tapant à droite à gauche, à l’aide de son bâton de buis.
Je sentais l’autre derrière moi, au bout de mon épaule, riant presque sans bruit, juste d’un frémissement de gorge.
Les poches pleines d’œufs, comme des voleurs, à trembler sans Grégoire.

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