Nous n’avions pas trop tourné, l’entrée devait être là, du côté du vent sur nos visages, du côté du crépitement de la pluie.
— On aurait dû attendre, attendre le retour de Grégoire, attendre que revienne le gosse. Lui, nous aurait dit, aurait parlé à l’autre, assis devant la porte.
Mais le vieux continuait de taper, son bâton loin devant.
Tapait et, doucement, pas à pas, avançait, et nous avec, comme vieille chenille.
Je tenais son épaule, j’y sentais les muscles se tendre. Je revoyais le chemin pour venir, guidés par Grégoire, la vigne et le sentier de terre, laissant derrière Soumaintrain et Chaource, la descente où l’on trébuchait, la route et le goudron si chaud sous la plante des pieds.
La route, un peu en pente puis le faux plat jusqu’à la ferme. La cour, les chiens faisant tinter leurs chaînes, aboyant pleins de rage. Nous n’avions qu’à prendre à l’inverse, prendre sur la droite en sortant, marcher, marcher jusqu’à sentir, à main gauche, avec le bâton du vieux, le chemin de terre qui grimpe dans les vignes.
Grégoire, peut-être serait là, à nous chercher, à appeler. Alors tout serait comme avant, alors nous irions sans crainte, guidés par sa main, par sa voix un peu grêle. Maintenant nous avancions, j’entendais le vieux haleter et l’autre derrière moi, rire.
Celui-là, dehors, qui raclait sa gorge et, plus loin sur la droite, les chiens qui grognaient.
On se tenait par l’épaule, l’un derrière l’autre, ne faisant qu’un et l’on avançait.

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