recettes


La reinette du Canada

 

par Sabine Minard
et Colette Olive
illustration Michel Redon

" Dans les années soixante, j’ai trop connu de journalistes. À midi, ils déjeunaient d’une pomme. Plus ils étaient élevés dans la hiérarchie, moins ils la pelaient. La plupart d’entre eux sont morts (1). Je leur survis. Il m’arrive parfois de manger des pommes. Des clochardes et des rainettes. Rainettes et non : reinettes. Les rainettes, toutes pommes qu’elles soient, s’écrivent avec un a, pour rappeler qu’elles ont une peau comparable à celle des grenouilles. Rainette désigne cette apparence. C’est une bonne apparence. Les unes viennent du Canada, d’autres du Mans. On devrait pouvoir en trouver ailleurs, normalement.
Aucune rainette, jamais, n’a voulu être aussi grosse qu’un bœuf. (Sauf, peut-être, celle qui réussit à se faire manger par Ève – ou par Adam, je ne sais plus : il y a si longtemps.) "
Pierre Dumayet

1. C’est vrai : j’étais plus jeune qu’eux.

 


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