| par Dominique Blanc |
Tous les lundis de Pâques et de Pentecôte a lieu à
Gruissan, village situé sur la façade maritime du massif de
la Clape, un pèlerinage à Notre-Dame-des-Auzils. Ce sanctuaire
est dédié à la Vierge du Bon Secours. En ce pays de
pêcheurs-viticulteurs, la chapelle de lancien ermitage a toujours
été ornée de nombreux ex-voto. Ces petits tableaux
sont offerts par des marins qui les ont peints eux-mêmes où
les ont fait réaliser sur commande. Ils représentent la scène
du naufrage auquel ils ont échappé grâce à lintervention
miraculeuse de la Vierge. Dautres, à lintention propritiatoire,
évoquent des embarcations naviguant sur une mer au repos. Les minuscules
tableaux peuvent alors être remplacés par une maquette du navire
ou de la barque que lon place ainsi sous la protection de Notre-Dame-des-Auzils.
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Les morts disparus en mer se dérobent à la ferveur rituelle
des vivants soucieux de leur rendre un dernier hommage. Leur corps erre,
pour toujours semble-t-il, dans les profondeurs de la mer, dans un lointain
inaccessible. Les gestes qui sadressent à eux prennent un tour
et un sens particulier, du fait de labsence physique de leurs restes.
Aussi la tombe des " terriens " est-elle remplacée par
un cénotaphe, un tombeau vide à la mémoire dun
disparu. Le pèlerinage des Auzils est tout à la fois lexpression
dune dévotion à la Vierge protectrice et une occasion
toujours renouvelée de prier pour le repos de lâme des
marins emportés par les éléments. Dun même
geste, les pèlerins rendent hommage à ces défunts singuliers
et se protègent dune mer dont la traversée, selon une
croyance largement partagée, peut être assimilée au
dernier voyage vers le pays des morts.
La procession matinale des lundis de Pâques et de Pentecôte
suit donc un parcours que jalonne une suite de cénotaphes devant
lesquels les pèlerins sarrêtent un instant pour honorer
les êtres quils représentent. |