cinéma aux étoiles


21 h 30

Oublie-moi



Oublie-moi raconte de la vie de Nathalie ce qui se révèle insensiblement comme une crise. La jeune femme exige des hommes – d’Éric, qui a décidé de rompre sans l’en informer, d’Antoine, qu’elle pense ne pas aimer et dont elle est lasse, de Fabrice enfin, avec qui une histoire serait possible – qu’ils cernent, évaluent, précisent sans fin le rapport exact qu’ils ont avec elle. Elle les harcèle de toutes les ressources de son énergie, refusant de voir qu’ils ne peuvent répondre à ses revendications épuisantes tant elle s’ingénie à accroître la souffrance par la souffrance elle-même.
Oublie-moi se situe dans cette tradition du cinéma français – représentée par Jean Eustache et Philippe Garrel – pour qui l’idée de groupe est inimaginable, déjà simplement parce que la relation de couple, modèle du lien à l’autre, est radicalement mise en question. Mais tandis que ses aînés situaient leur récit dans des milieux très particuliers, Noémie Lvovsky parvient à dresser le portrait d’une génération. Mais pas à la manière de Jean-Luc Godard dans Masculin Féminin – et cela pour deux raisons.


de Noémie Lvovsky

Parce qu’Oublie-moi efface toute affirmation programmatique, et aussi parce que Noémie Lvovsky a l’âge de ses personnages et décrit leur comportement de l’intérieur : " Il y a des gens autour de moi qui, sans être dans la misère, ni même menacés par la misère, sont dans un trop grand isolement, menacés par une espèce de marginalisation qui ne vient pas de leur milieu social mais de la façon dont ils ne se sentent pas accrochés. "
Cette dérive, le film la rend palpable. Il n’y a pourtant pas de scène de factures impayées ou de quête de petits boulots. Mais l’on perçoit parfaitement la nature de ces vies d’étudiants prolongés à d’innombrables détails : appartements jamais vraiment aménagés, soudaine âpreté sur l’argent, recours compulsif aux alcools forts.
Oublie-moi est un film où les difficultés du monde, diffractées à travers les tergiversations des personnages, deviennent particulièrement sensibles au spectateur.

> Francis Desbarats

cycle vidéo


11 h
15 h
17 h

Doris Lessing


Doris Lessing a un net avantage sur beaucoup d’écrivains de la série de Bernard Rapp, c’est qu’elle est toujours bien vivante… Paule Zajdermann lui a donc laissé la parole, et mêle habilement dans son film une interview, réalisée à Londres, où Doris Lessing explique elle-même ses rébellions et ses écrits, et de larges extraits de son autobiographie, Dans ma vie, parue en France en 1995. Paule Zajdermann, elle, a pris la caméra super 8 pour aller sur les traces de l’enfance de l’écrivain, au Zimbabwe… Et ces films de touriste, où l’image bouge un peu, rencontrent avec bonheur les archives tremblotantes qui évoquent, elles aussi, les racines africaines si intimement mariées à l’écriture de Doris Lessing.


de Paule Zajdermann

Le chignon blanc qui dégage bien les oreilles, la robe sombre et sage, le sourire poli, l’écrivain est aujourd’hui une dame de 78 ans, qui vit avec ses chats et dont les yeux brillants et le regard presque dur contrastent avec l’allure plutôt amène… Une femme libre qui a posé dans ses livres les questions essentielles des années soixante-dix sur la politique, la psychanalyse, la sexualité, la société. Et qui réaffirme aujourd’hui, de sa voix distinguée, sa tranquille détermination à suivre son instinct, en marge de toute normalisation, de toute
convention.

> N Z

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