Révolution


À l’école
de la vertu

 

par Dominique Blanc


Quand survient la Révolution de 1789, les Corbières appartiennent à l’une des zones les moins bien scolarisées du futur département de l’Aude. La région la plus montagneuse est dépourvue de petites écoles de village. Les curés de paroisse suppléent à cette absence en enseignant à lire et à écrire à quelques garçons que leur confient des petits propriétaires qui ne peuvent s’offrir les classes de grammaire des gros bourgs ou qui nourrissent l’espoir d’envoyer un fils au séminaire. Face à ce qu’ils décrivent comme le règne de l’ignorance et de l’obscurantisme, les défenseurs de la Révolution dans le département mettent en avant la nécessité d’enseigner les vertus républicaines sur tout le territoire, y compris dans les ci-devant paroisses les plus reculées. Un seul moyen peut concourir efficacement à ce but : l’instauration d’une école primaire dans chaque commune et le recrutement d’un maître vertueux et amoureux de la Constitution qui en sera l’instituteur.
Cette utopie répond d’abord à la nécessité de faire entrer " les pays reculés " dans l’ensemble national. Aussi la première tâche urgente consiste-t-elle à imposer l’usage de la langue française. Un membre de l’administration du district de Narbonne propose un plan d’éducation qui s’ouvre sur cette constatation :

" J’observerai d’abord qu’il n’y a rien de plus choquant, et en même temps de plus ordinaire, que de voir des François qui ne savent pas parler leur langue, et qui en ignorent jusques aux premiers éléments, tandis que la plupart des étrangers, transplantés dans le Royaume la parlent avec élégance, et correctement. " Son collègue de Carcassonne renchérit en l’an II en signalant au Comité de Salut public " des départements où, comme dans le notre, le général et même la presque totalité des communes entendent à peine le françois et ne s’énoncent qu’en patois. ". Les représentants des plus petits villages ne sont pas en reste, telle la municipalité de Saint-Michel de Lanès qui constate que sur le territoire de la commune on parle " un idiome partie catalan, partie gascon et appelée patois ".
Que peuvent faire les partisans zélés d’un enseignement de la morale républicaine et civique, sinon recruter les meilleurs instituteurs possibles ? La Convention décrétera la confection de manuels élémentaires, tout en soulignant que rien ne remplace la Déclaration des Droits et la Constitution. Les futurs maîtres d’école doivent en faire l’objet principal de leurs leçons. Mais il y a loin de la coupe au lèvre. Un notaire, un chapelier et un propriétaire veulent bien concourir à l’œuvre de la Révolution en se constituant en jury d’instruction publique :

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