Puis elles s’arrachent soudain de ses bras et restent suspendues au lit funèbre.
On va chercher Pierre.
L’apôtre s’approche, salue le grand prêtre et dit : " Tu ne pourras jamais recouvrer tes mains vivantes si tu n’embrasses le corps de celle qui a toujours été vierge. "
Le grand prêtre approche ses lèvres des lèvres de la sainte Vierge.
Ses mains se décollent et rejoignent les coudes.
Elles remuent au bout de ses bras.
Le grand prêtre les joint sans un instant de cesse afin de les toucher. Il croise les doigts. Il invente la prière à mains jointes.

L’amour veut toucher.
L’amour veut se perdre dans le sans distance. Or la vision est la distance.
L’ouïe et l’odorat, le toucher sont le sans distance.
Le corps est affecté aussitôt à l’intérieur de lui-même par le hurlement. Comme il l’est par le silence soudain.
Le corps par les narines frémissantes est affecté aussitôt par la puanteur des cabinets.
L’âme est enivrée sans un instant de cesse, à toute allure, par le parfum splendide du chèvrefeuille sur le mur.
Les doigts sont affectés à l’instant par la plaque électrique brûlante sur lesquels ils collent tout à coup.
Apaisés à l’instant par la bordure de satin à l’extrémité de la couverture qui borde le lit comme une peau plus lisse, plus tendue, plus bleue, plus impudique, plus aimée.

L’amour cherche des doigts dans la nuit.
Ce qu’il cherche des doigts dans la nuit, c’est ce qui interrompt le langage.
C’est une maison-ruine, un jour obscur, une nuit blanche. C’est ce dont je parle. C’est l’éclipse, le soleil-lune.

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